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Lecture du matin - Page 3

  • Sur le bureau de Patti Smith.

    Glaneurs de rêves est un des livres emmenés pour passer la journée. Beaucoup de délicatesse dans ces pages douces et quelques illustrations qu’on a bien le temps de regarder en laissant ensuite l’esprit vagabonder.
    On s’arrête sur la description du dessus du bureau de l’auteur, Patti Smith car on aime voir les bureaux des écrivains, comme on aime d’ailleurs aussi lire leurs correspondances :

    « Au-dessus de mon bureau est accroché un portrait de petite taille – du XV° siècle flamand. Il ne manque jamais, quand j’y pose les yeux, de me faire sursauter, sursaut suivi d’une étrange bouffée de chaleur, d’une reconnaissance. Peut-être est-ce la sérénité de l’expression, ou peut-être sa coiffe – un tissu fragile qui encadre le visage comme les ailes d’un énorme phalène diaphane. »

    On reconnait ce portrait, familier des livres de peintures flamandes, même si sur l’instant on ne peut nommer son auteur. C'est une jeune femme ; sa taille est fermée par une large ceinture ; les cheveux sont sous une coiffe recouverte de gaze blanche, soigneusement fixée par des épingles dorées qui créent aussi des plis délicats. Ses mains sont jointes, l’une sur l’autre, une bague pour chacune et les doigts se crispent ; elle ne semble pourtant pas avoir froid ; plutôt réfléchir. Elle a encore les yeux baissés mais on peut imaginer qu’elle est prête, une fois sa décision prise, à s’élancer d’un pas léger qui fera voleter les pans de sa coiffe blanche.
    C’est peut-être à cette reconnaissance-là que Patti Smith fait allusion : quand une femme est songeuse, avant d’agir.
    Et, comme maintenant on peut en plus d’un petit livre en papier emporter avec soi aussi des bibliothèques, on peut retrouver l’identité du tableau : c’est un portrait de femme, de Rogier Van Der Weyden, qui date de 1460. On se souvenait du rouge de la ceinture, du noir du vêtement, du rosé de la peau.

  • Odysseus.

    Puisqu’il faut garder la tête sur l’oreiller après les périodes natales, passer la journée à lire un livre magnifique de Daniel Mendelsohn, Une odyssée.
    Depuis toujours, on a lu L’Illiade et L’Odyssée. Petite, on avait eu les deux épopées en livre d’images. Plus tard, on avait reçu en cadeau une édition en poche. Plus tard encore, on s’était équipé de la traduction de Philippe Jaccottet dont on ne s'est plus jamais séparé et le livre est là, tout corné, tout usé, les pages sont décollées. On a eu un chat nommé Odyssée.
    Lire Une odyssée sur L’Odyssée, ça a été retrouver les membres d’une grande famille : Ulysse, Pénélope, Télémaque, Laërte, Euryclée, Ménélas, Hélène, Pisistrate, Agamemnon, Clystemnestre, Oreste, Priam, Hector, Pâris, Achille, Circé, Calypso, Nausicaa, Polyphème le Cyclope, Athéna, Zeus, Hermes, Nestor… ; on avait oublié le nom de la mère d’Ulysse, Anticlée.
    Ca a été retrouver ce qu’on aime tant : lire, lire, lire. Etre tout autant dans la fiction que dans la vie jusqu’à ce que la fiction soit la vie.
    Quand on arrive à la fin du livre, la nuit est tombée. Il a plu quasiment tout le jour.