Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Lecture du matin - Page 5

  • Livre du matin : La folie de Pinochet, de Luis Sepulveda.

    Si le soir est consacré aux romans, le matin est, lui, consacré à d’autres genres comme les essais ou les correspondances ou la poésie ou la philosophie, etc.
    Ainsi, on a passé quelques bons débuts de matinées avec La folie de Pinochet, de Luis Sepulveda, dont on avait déjà entendu parler çà et là.
    C’est un recueil d’articles écrits pour la plupart après les tentatives malheureuses de quelques juges courageux de faire passer Pinochet en justice. Sepulveda évoque son pays, la dictature, les combattants pour la démocratie, et bien sûr les torturés (dont il a fait partie) et les disparus dont il dresse le portrait pour quelques-uns.
    C’est beau ce qu’il écrit. Dur, oui.
    Mais beau car bien que Pinochet n’ait pas été jugé et que Sepulveda considère écœurantes les compromissions politiques qui ont suivi la dictature, c’est bien des grandes luttes à mener pour sauver l’humanité qui sont au cœur du livre. Il fait appel à la « merveilleuse fleur de la mémoire » pour évoquer l’urgence de protéger la liberté, la démocratie, le respect de la dignité humaine. Ainsi quand il évoque les absents : « Ils s’étaient dépouillés de la peau de la patrie pour être des habitants de la grande famille humaine. »
    Beau car c’est bien de la littérature dont il s’agit ici, sa force et sa puissance pour rendre les Hommes tout autant heureux que libres. « Bien se servir des mots, les laisser libres et honnêtes, parce que les mots veulent être libres et honnêtes » disait un pêcheur dont l’auteur dresse le portrait en précisant aussi que cet homme savait distinguer les amis et les ennemis de la littérature, qui sont les mêmes que les amis et les ennemis de l’humanité.
    « J’écris parce que je crois à la force militante des mots ».
    « Au commencement était le Verbe, vérité jamais théologique mais grammaticale, car le mot est en soi un acte de fondation et que les choses existent à force de les nommer. »
    On relira sans doute les romans de Sepulveda. Autrement.

  • Sur le bureau de Patti Smith.

    Glaneurs de rêves est un des livres emmenés pour passer la journée. Beaucoup de délicatesse dans ces pages douces et quelques illustrations qu’on a bien le temps de regarder en laissant ensuite l’esprit vagabonder.
    On s’arrête sur la description du dessus du bureau de l’auteur, Patti Smith car on aime voir les bureaux des écrivains, comme on aime d’ailleurs aussi lire leurs correspondances :

    « Au-dessus de mon bureau est accroché un portrait de petite taille – du XV° siècle flamand. Il ne manque jamais, quand j’y pose les yeux, de me faire sursauter, sursaut suivi d’une étrange bouffée de chaleur, d’une reconnaissance. Peut-être est-ce la sérénité de l’expression, ou peut-être sa coiffe – un tissu fragile qui encadre le visage comme les ailes d’un énorme phalène diaphane. »

    On reconnait ce portrait, familier des livres de peintures flamandes, même si sur l’instant on ne peut nommer son auteur. C'est une jeune femme ; sa taille est fermée par une large ceinture ; les cheveux sont sous une coiffe recouverte de gaze blanche, soigneusement fixée par des épingles dorées qui créent aussi des plis délicats. Ses mains sont jointes, l’une sur l’autre, une bague pour chacune et les doigts se crispent ; elle ne semble pourtant pas avoir froid ; plutôt réfléchir. Elle a encore les yeux baissés mais on peut imaginer qu’elle est prête, une fois sa décision prise, à s’élancer d’un pas léger qui fera voleter les pans de sa coiffe blanche.
    C’est peut-être à cette reconnaissance-là que Patti Smith fait allusion : quand une femme est songeuse, avant d’agir.
    Et, comme maintenant on peut en plus d’un petit livre en papier emporter avec soi aussi des bibliothèques, on peut retrouver l’identité du tableau : c’est un portrait de femme, de Rogier Van Der Weyden, qui date de 1460. On se souvenait du rouge de la ceinture, du noir du vêtement, du rosé de la peau.