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lumières

  • La bibliothèque retrouvée

    Vanessa de Senarclens : La bibliothèque retrouvée. Une enquête. Editions Zoé. 2025

    L’auteure enquête sur la bibliothèque de ses beaux-parents, riche de 16000 volumes (pour l’essentiel, des manuscrits et des ouvrages publiés au XVIII° siècle) et que les affres de l’histoire font disparaître en tant que telle à partir de 1945.
    Tout est passionnant dans cette enquête.

    L’histoire de sa constitution, dans cet esprit des Lumières qui fait la part belle au savoir encyclopédique dont on peut penser qu’il sera un gage de paix (« la culture du cœur et de l’esprit », p. 188), les titres des ouvrages et les noms des auteurs, la curiosité de ses propriétaires à l’affût de toutes les nouveautés, eux-mêmes grands lecteurs annotant parfois les textes dans les marges, la liberté des écrivains publiant dans l’Europe entière, quels que soient les régimes politiques, et dont les livres vont et viennent avec une liberté insolente, le classement de la bibliothèque par fiches…

    Mais aussi tout ce contre quoi cette bibliothèque a dû se battre et qui me semble pouvoir se résumer en deux mots : la barbarie et l’indifférence. Dans cet imbroglio de pays redessinés par la Seconde Guerre mondiale, devant la sauvagerie d’occupants assoiffés de vengeance, une bibliothèque ne représente rien, pas même cette consolation chère à Borges.

    J’ai été touchée du sort de ces 16 000 livres dont il reste la majeure partie, heureusement. Mais ils ont été éparpillés et regroupés dans des lieux qui leur étaient inconnus, comme des exilés dont on ne sait que faire et qu’on met dans un coin, en attendant. Moi qui pense que les livres sont des êtres vivants, je me demande s’ils se languissent de leurs proches avec qui ils ont passé parfois plusieurs siècles, de l’écrin dans lequel on prenait soin d’eux, ce qu’ils pensent de ces frontières, politiques et mentales, dont ils ont été victimes.

    Je vous conseille ce livre, vraiment.

  • Corps célestes

    Après une suggestion d’achat, la médiathèque du Pont du Las a acheté le dernier roman de Jon Kalman Stefansson, « Corps célestes à la lisière du monde ». Premier cadeau ! Dès qu'il a été équipé, il a été réservé pour moi. Deuxième cadeau ! Et j'ai beaucoup, beaucoup, beaucoup aimé. Troisième cadeau !
    Magnifique.
    Ce mot me revient constamment après avoir terminé ma lecture.
    Magnifique.
    Là est la puissance de la littérature :
    raconter une histoire qui se déroule dans l’Islande du XVII° siècle mais dont l’actualité ne se dément pas et nous est donc familière car
    partout,
    toujours,
    la vie est rude,
    les puissants font régner le joug de l’injustice et du mensonge,
    les ténèbres nous guettent
    mais partout et toujours,
    la poésie,
    les histoires racontées,
    les mots sont des socles qui font tenir le monde et feront gagner, demain, un jour, « je ne sais pas quand, peut-être demain, peut-être dans quatre cents ans » (1) cette vérité qui va de pair avec la dignité humaine.

    J’aime ce qu’écrit Jon Kallman Stefansson :
    il écrit contre les ténèbres m’accompagnant ainsi depuis plusieurs années, sans le savoir, sur mon chemin vers la Lumière.
    « Moins tu écris sur les ténèbres, plus elles engloutissent de choses. » (2)


    (1) Jon Kallman Stefansson, Corps célestes à la lisière du monde, traduit de l’islandais par Eric Boury, Ed. Christian Bourgois, 2026, p. 471.
    (2) Id, p. 289

    Cote à la médiathèque du Pont-du-Las à Toulon, JON/R.