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Bonheur du jour

  • Bien tout ranger.


    Bien tout ranger, car une maison rangée aide l’esprit à être au calme. Si chaque chose est à sa place, c’est pareil pour la vie. Parfois, on garde certaines choses dont on ne se sert pas, ou si rarement, qu’on pourrait s’en débarrasser mais à chaque grand rangement d’automne ou de printemps, on se rend compte que ce n’est pas possible. On ne comprend pas toujours pourquoi on se dit à chaque fois qu’on garde encore cette chose cassée, abîmée, inutilisable, encombrante, si ce n’est qu’elle est liée à notre vie et que la donner ou la jeter serait faire place à un vide qu’on ne peut pas encore supporter. La savoir rangée quelque part, au bas d’une armoire, sur l’étagère du haut d’un cagibi impeccablement dépoussiéré, dans une malle au grenier, c’est certainement rassurant : cette chose est là, bien rangée, à sa place, sans prendre trop de place, sans risque qu’on se heurte à elle en passant, qu’on trébuche sur elle en allant et venant, qu’on ait à la pousser pour attraper ce dont on a vraiment besoin au quotidien. Peut-être même qu’un jour, entre deux grandes périodes de rangement, on l’aura oubliée ou du moins on ne saura plus pourquoi on l’avait gardée. Alors on l’attrapera facilement puisqu’elle est bien rangée, déjà même empaquetée, pour l’amener à la déchetterie ou à la ressourcerie.
    C’est un peu pareil pour les gros chagrins, les immenses douleurs, les cruelles questions sans réponses.

  • Midi.


    Mettre la table sur la terrasse où l’air est doux du soleil d’octobre.
    Quatre assiettes. Déposer les plats au milieu pour que chacun se serve comme il l’entend, mange à son rythme.
    Quelqu’un arrive. Rajouter une assiette.
    Quelqu’un a terminé et doit repartir.
    Poursuivre la conversation ou ne pas parler ; ce silence, sous le soleil doux, il est confortable et tranquille.
    Quelqu’un arrive. Rajouter une assiette.
    Puis c’est le café. On écoute les oiseaux. On cherche leurs noms. On rit.
    On débarrasse. On range. On nettoie. On secoue la nappe et comme tout à l’heure on a renversé un verre et qu’elle est mouillée, on l’étend sur l’étendoir lui aussi ensoleillé.
    On repart ou on reste.
    Après, c’est l’après-midi. Les oiseaux chantent toujours.