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Bonheur du jour

  • Les appuis.


    Tout autour, machine bruyante qui donne chaud.
    Ne pas bouger.
    C’est comme ça.
    Arriver à rester calme,
    à se dire que c’est comme ça,
    qu’on a de la chance,
    et se rappeler de tout ce qu’on va retrouver après
    La maison
    Les livres
    Les plantes
    Les chats
    Ceux qu’on aime et qui nous aiment
    Les sonates de Haydn
    Les poèmes de Salinas
    Le linge à repasser
    La grosse machine ronronne fort
    On peut
    lui parler
    et lui dire merci de son aide
    et ne pas même en avoir peur
    même si on en est impressionné
    Car ce qui ferait peur
    Ce serait de ne rien ressentir
    Alors on repense
    A
    La maison
    Les livres
    Les plantes
    Les chats
    Ceux qu’on aime et qui nous aiment
    Les sonates de Haydn
    Les poèmes de Salinas
    Le linge à repasser
    Ah oui, et on fera du pain aussi.

  • Le cyclamen rose et la bruyère violine.


    Avec les chrysanthèmes traditionnels, on a apporté aussi l’autre jour au cimetière un cyclamen rose pâle et une bruyère violine, tout particulièrement pour un de ceux posés là dans ce vaste caveau. On l’imagine désormais tranquille, face au ciel lumineux du Midi où il avait choisi de vivre car il n’aimait pas avoir froid. Durant son enfance il eut lui aussi près de lui ces deux plantes dont les teintes sont proches, de la même famille pourrait-on dire puisqu’il s’agit bien d’une histoire de famille ; et il avait gardé adulte l’habitude d’en avoir aussi chez lui. La bruyère, c’était la grand-mère qui en raffolait et ne passait jamais sans la mauvaise saison. Elle portait d’ailleurs bien souvent des vêtements de ce violine rosé qui n’avait rien de triste ni de vieux mais qui était doux au point d’en avoir même sur les pages des catalogues le parfum de sa peau douce. Le cyclamen, rose clair, quasi rose layette, c’était la mère qui s’en procurait un dès qu’ils apparaissaient aux étals des fleuristes, trouvant toujours les pièces pour lui dans le porte-monnaie efflanqué. On les a posés de part et d’autre de la tombe dans les vasques en pierre dont on a toujours pensé qu’elles avaient été installées pour eux quand c’est l’automne.