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Bonheur du jour

  • Dans la cuisine : les œufs au lait.

    Le dimanche midi, les œufs au lait est un bon dessert pour un repas de famille.
    Il faut 6 œufs bien frais, ¾ de litre de lait, 1 belle gousse de vanille, 1 boîte de lait concentré sucré, 4 cuillères à soupe de sucre.
    La veille au soir, comme il est dit dans le vieux livre de cuisine de grand-mère, livre à manipuler avec des précautions infinies et tendres, faire infuser le lait avec le sucre et la vanille qu’on aura fendue en deux et dont on aura gratté les graines. Veiller à bien recouvrir la casserole car la nuit, les chats dorment assez peu et ils peuvent aller faire un tour, pour voir, sur la cuisinière. Donc, lester le couvercle de la casserole en posant quelque chose dessus.
    Le matin de très bonne heure, préparer un caramel dans le fond du moule à cake en faisant fondre sucre et eau au-dessus du feu. Veiller à ne pas se brûler. Laisser le caramel refroidir une fois qu’il a bien nappé le fond du moule une partie des bords. Dans un saladier, battre les œufs en omelette, y mélanger le lait concentré. Bien fouetter. Faire chauffer le lait en le remuant constamment. Hors du feu, et doucement et délicatement et sans s’interrompre, le verser sur les œufs battus sans jamais cesser de remuer. Quand le mélange est bien onctueux, que ça sent bon, que c’est bien crémeux, admirer l’appareil avant de le verser dans le moule et de l’enfourner dans le four. C’est mieux de penser à allumer le four avant pour qu’il soit chaud, sans l’être trop quand même et d’avoir au préalable mis de l’eau dans la lèche frite car les œufs au lait se font cuire au bain marie. Au bout d’une trentaine de minutes, c’est cuit. Sortir du four. Faire refroidir. Mettre au frais. Juste avant de servir, démouler sur le plat ovale en Digoin qui sert toujours à cette occasion. A ce moment-là, le caramel s’étale un peu sur les bords et c’est très joli.
    Apporter le dessert sur la table.
    C’est à ce moment-là qu’on entend : « Ah ! ... des œufs au lait ! »

  • Un été avec Giono : Le serpent d’étoiles.

    Pour finir cet été avec Giono, Le serpent d’étoiles a été un cadeau plus que magnifique car il a permis de lire comme on aime : lentement, en regardant sur une carte pour suivre où vont les bergers et le narrateur, en imaginant ce pays que l’auteur décrit comme une mer alors qu’il est pétrifié, en buvant les mots avec délice, en frissonnant de plaisir, en relisant des passages avec un ravissement étourdissant.

    Il n’y a certainement pas de hasard. Alors qu’on début de l’été on sentait la vie risquer de fuir, les livres, par Giono, sont venus montrer que pour les livres, comme pour tout, rien ne sert d’accumuler. Il est urgent d’aller à l’essentiel. On aurait pu relire « tout » Giono… mais non. On a pris le temps. On s’est posé, le temps de plusieurs lectures. Aucun des livres de Giono qui sont passés entre nos mains ne seront oubliés. On saura retrouver une page, un mot, un moment de l’histoire. Il n’y aura pas eu de consommation de lecture, mais une vie de lecture, une vie de lectrice, des heures clés. Ces livres ne rejoindront pas l’anonymat de rayonnages ; ils brilleront de l’éclat des Giono sur cette étagère-là : on n’aura pas à les chercher quelque part parmi les milliers de livres : on pourra les rejoindre directement et il restera encore tant à découvrir...

    C’est un livre de poche de 170 pages. La couverture est blanche, jaune, et noir fusain. On y voit un berger tel qu’on peut les imaginer, allant d’un bon pas, le chapeau sur la tête, l’ample cape sur les épaules, jouant de la flûte. On serait tenté de dire « fifre » car, dès l’enfance, on a associé le fifre et le berger… . Il a fallu plus de trois semaines pour lire Le serpent d’étoiles. Plusieurs passages ont été relus à de nombreuses reprises et, quand on avait posé le livre un certain temps pour reprendre son souffle, il n’était pas rare qu’on reparte en arrière de quelques pages.

    Non, on n’a pas lu vite, alors qu’il semble que ce soit une qualité, de lire vite. On n’a pas forcément lu bien non plus. On a lu bon. C’est l’autre grand cadeau de Giono, cet été, que cette reprise de l’habitude de lire lentement, très lentement. Pour un des livres, d’ailleurs, on en a même lu des passages à voix haute !

    Voilà, cet été, on a lu. Lu et relu. On s’est gavé de lecture et de mots. On était saoule. Relire des livres, lus il y a longtemps. Relire des passages qu’on venait de lire. Aller et venir dans un livre, entre les pages, entre les mots, entre les dates, entre les lieux. On avait besoin de cela : lire. Et quand on dit « lire », il ne s’agissait pas de lire les mots, les uns après les autres, mais de suivre la trace de ce que ces mots sont vraiment, car ils sont un chemin où l’on va pas à pas. Comme cela a été bon de lire ainsi cet été !

    De lire une histoire de bergers qui racontent eux-mêmes une histoire et sont qui l’herbe, qui le fleuve, qui la mer, qui l’Homme, dans le décor de la terre et du ciel, mis en scène par les étoiles et la lune ; ils parlent dans leur propre langue car ils sont libres : « et de mots inventés sur place pour le besoin immédiat ».

    De lire cela : « La terre soupira un long soupir si doux, si calme qu’à peine deux ou trois tourbillons d’oiseaux s’élevèrent ». « Je me souvenais toujours de cette fin de nuit. L’aube venait. Je le sus parce que les yeux des moutons s’étaient éteints tous ensemble. La lune s’enfonça sous l’ombre ». « A la perte de la vue, sur la terre noire, clapotait la lourde mer des troupeaux ». « Berger, marin de terre ».

    Et cela : Césaire, encore enfant, apprend le métier de berger ; Bouscarle est son baïle et lui apprend aussi à jouer de la flûte ; l’enfant a du mal :

    « Tu résistes, garçon, disait Bouscarle, tu résistes, tu vas au fond, laisse toi porter, fais-toi mou, laisse-toi vivre de la vie sans penser que tu joues de la flûte, et, alors, tu joueras ». Il disait le vrai. Alassé de bataille, dans le moment où toutes les étoiles couraient dans le ciel comme des graines au vent, je jouais. Cela venait du cœur comme un débond soudain et ça m’allégeait à mesure, et par le canon de ma flûte je me vidais, comme une bonne fontaine se purge de son eau noire ».

    Un été avec Giono : « laisse-toi vivre de la vie ».