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L'antan

  • L’antan : la première machine à laver le linge.

    Ici, dans la maison du vent, on a désormais un lave-linge de grande capacité pour pouvoir laver couettes et dessus-de-lit. On les étend ensuite sur un grand étendoir dont on peut varier la longueur. C’est pratique, a-t-on pensé. Surgit alors les souvenirs de l’antan quand laver le linge était un travail long jusqu’au jour où il y eut la première machine à laver. On a envie d’en parler ce jour car c’est une façon de se souvenir de celle qui n’est plus là, et de penser à toutes les femmes qui ont vécu une vie de labeur.
    Plusieurs jours par semaine, on avait une grande lessiveuse en zinc qui trônait sur la cuisinière à gaz. Quand cela bouillait longuement, c’était parce que c’était le jour du blanc. Ca sentait bon : c’était l’odeur du propre, disait-on. Assez tôt, on a appris à essorer les draps à deux, de part et d’autre, chacune tordant dans le sens opposé de l’autre. On lavait bien sûr aussi à la main, dans la bassine, avec un gros morceau de savon qui, une fois sec, était tout fendillé.
    Puis, un jour, arriva la machine à laver. On n’avait pas à spécifier qu’il s’agissait du linge. Son installation se fit dans une agitation joyeuse, autour de cafés puisque plusieurs voisines étaient venues voir. Mais elle attendit que tout le monde soit parti pour lancer sa première machine qu’on regarda comme un spectacle : quand on mit le programme en route et qu’on entendit l’eau couler ; quand la première eau de rinçage sortit du tuyau d’évacuation installé au-dessus de la baignoire sabot ; quand l’essorage avait duré si longtemps qu’on avait cru que la belle machine était bloquée ; quand elle ouvrit le capot, telle une boîte à trésor, pour sortir le linge et le vérifier : était-il si propre que cela ?
    Oui. Donc, on avait tout lavé ce qui était possible de laver ; le linge séchait un peu partout. Elle était heureuse. Elle dit : "C’est pratique, ça, vraiment c’est pratique, c’est vrai ; ça va m’économiser les mains et le dos, je crois bien. Mais pour mon petit linge, je continuerai à la main" (ce qu'elle fit jusqu'au moment où on prit le relais dans les derniers temps). Et elle disait souvent aussi, pour parler du lave-linge : "ma machine".


  • Oignon piqué de clous de girofle.

    Mettre la soupe à cuire est un rituel apaisant, hiver comme été. On a coupé les oignons, les carottes, les pommes de terre, le poireau et le bouquet de coriandre. Il reste un oignon dans le saladier, un peu seul désormais. On est en train de lui promettre de rapporter au plus vite d’autres congénères afin qu’il soit en bonne compagnie quand on se souvient qu’antan, on mettait un oignon piqué de clous de girofle dans la soupe familiale.
    Ni une ni deux, on ouvre le placard et on farfouille dans les épices car il doit bien rester quelques clous après que cet hiver on en ait piqué des oranges pour parfumer la maison. Oui, là, dans la petite boîte ronde.
    On pèle l’oignon solitaire. On le pique d’une demi-douzaine de clous. On le pose sur la soupe. On referme le couvercle.
    On se rappelle une leçon de cuisine : penser à le mettre de côté quand on mixera les légumes car les clous y passeraient aussi, et cela serait trop fort.
    Et alors le goût de cet oignon confit posé tout brûlant sur une petite assiette et dont on se partageait les lamelles, revient en bouche.