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L'antan

  • Motif véronique.

    Sur le bel étal du poissonnier, dans la vieille halle, remarquer le pagre et la morue.
    Prendre des deux.
    En rentrant, mettre la morue à dessaler dans le saladier en arcopal, motif véronique, qui a toujours été utilisé pour cela. De tout temps à jamais, disait-elle.

  • Transmettre.

    A la jeune femme au ventre bien arrondi maintenant, on donne le petit paletot couleur crème sur lequel on a cousu trois boutons bleu des mers du sud. Elle est heureuse, pose le paletot sur ses genoux, tient entre ses mains les petites manches. Elle dit qu’elle aimerait bien avoir un bonnet assorti – d’ailleurs, il reste de la laine, et largement. On sort les catalogues de tricot. On les feuillette. On dit : « Celui-là, il est mignon ». « Oh, et celui-là ! » « Et celui-là, avec les petits pompons ! ».
    L’espace de quelques secondes, le monde d’antan ressurgit et des voix qui ne sont plus résonnent. Les vieux catalogues, surtout les Pingouins, se superposent à ceux d’aujourd’hui. Les tons de jaunes, car on ne savait pas si ce serait garçon ou fille, alors on tricotait en jaune, éblouissent les pupilles.
    Puis on revient au moment présent. La liste s’allonge pour le trousseau du bébé. On dit le mot « trousseau » d’ailleurs, qui étonne puis qui ravit quand on l’a expliqué. Quand la liste est faite et les modèles marqués dans les catalogues par des fils de laine, on continue à discuter. L’une, allongée, les mains sur le ventre ; l’autre qui monte les mailles pour le petit bonnet au point mousse. L’une finit par dire : « Tu m’apprendrais à tricoter ? »