Quelques vers de T.S. Eliot pour la journée. J’aime beaucoup ces vers que je relis régulièrement. Je les partage avec vous ce matin avec Joie :
« Le temps présent et le temps passé
Sont tous deux présents peut-être dans le temps futur
Et le temps futur contenu dans le temps passé.
Si tout temps est éternellement présent
Tout temps est irrémissible.
Ce qui aurait pu être une abstraction
Qui ne demeure un perpétuel possible
Que dans un monde de spéculation.
Ce qui aurait pu être et ce qui a été
Tendant vers une seule fin, qui est toujours présente.
Des pas résonnent en écho dans la mémoire
Le long du corridor que nous n’avons pas pris
Vers la porte que nous n’avons jamais ouverte
Sur le jardin de roses. Mes paroles font écho
Ainsi, dans votre esprit. »
(1) T.S. Eliot, Quatre Quatuors, Burnt Norton, in La terre vaine et autres poèmes, traduit de l’anglais par Pierre Leyris, Edition Bilingue, collection dirigée par Alain Mabanckou, Ed. Points Seuil, 1976, p. 161
Gourmandise de mots
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Temps présent et temps passé
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La bibliothèque retrouvée
Vanessa de Senarclens : La bibliothèque retrouvée. Une enquête. Editions Zoé. 2025
L’auteure enquête sur la bibliothèque de ses beaux-parents, riche de 16000 volumes (pour l’essentiel, des manuscrits et des ouvrages publiés au XVIII° siècle) et que les affres de l’histoire font disparaître en tant que telle à partir de 1945.
Tout est passionnant dans cette enquête.
L’histoire de sa constitution, dans cet esprit des Lumières qui fait la part belle au savoir encyclopédique dont on peut penser qu’il sera un gage de paix (« la culture du cœur et de l’esprit », p. 188), les titres des ouvrages et les noms des auteurs, la curiosité de ses propriétaires à l’affût de toutes les nouveautés, eux-mêmes grands lecteurs annotant parfois les textes dans les marges, la liberté des écrivains publiant dans l’Europe entière, quels que soient les régimes politiques, et dont les livres vont et viennent avec une liberté insolente, le classement de la bibliothèque par fiches…
Mais aussi tout ce contre quoi cette bibliothèque a dû se battre et qui me semble pouvoir se résumer en deux mots : la barbarie et l’indifférence. Dans cet imbroglio de pays redessinés par la Seconde Guerre mondiale, devant la sauvagerie d’occupants assoiffés de vengeance, une bibliothèque ne représente rien, pas même cette consolation chère à Borges.
J’ai été touchée du sort de ces 16 000 livres dont il reste la majeure partie, heureusement. Mais ils ont été éparpillés et regroupés dans des lieux qui leur étaient inconnus, comme des exilés dont on ne sait que faire et qu’on met dans un coin, en attendant. Moi qui pense que les livres sont des êtres vivants, je me demande s’ils se languissent de leurs proches avec qui ils ont passé parfois plusieurs siècles, de l’écrin dans lequel on prenait soin d’eux, ce qu’ils pensent de ces frontières, politiques et mentales, dont ils ont été victimes.
Je vous conseille ce livre, vraiment.