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Gourmandise de mots

  • Retrouver le mot brimborion.

    En relisant, donc, Marguerite Yourcenar, on tombe sur ce mot qu’on avait presque oublié : brimborion. On l’avait remplacé par bricole, babiole, bidule, voire, les anglicismes étant de plus en plus répandus, gadget - quoiqu’il y ait dans le mot gadget le sens de nouveauté qui finit par devenir inutile, ce qui n’est pas le cas de brimborion. C’est un mot très joli et on pensera à l’utiliser.
    Pour le plaisir de la lecture, voici le passage de Souvenirs pieux dans lequel Marguerite Yourcenar utilise le mot brimborion, évoquant divers objets provenant de sa mère, décédée à sa naissance et conservés pour elle par son père :

    « La cassette scellée par Michel a rempli son office, qui était de me faire rêver sur tout cela. Ces pieux déchets font pourtant envier les animaux, qui ne possèdent rien, sinon leur vie, que si souvent nous leur prenons ; ils nous font aussi envier les saddhus et les anachorètes. Nous savons que ces brimborions ont été chers à quelqu’un, utiles parfois, précieux surtout en ce qu’ils ont aidé à définir ou à rehausser l’image que cette personne se faisait d’elle-même. Mais la mort de leur possesseur les rend vains comme ces accessoires-jouets qu’on trouve dans les tombes. Rien ne prouve mieux le peu qu’est cette individualité humaine, à laquelle nous tenons tant, que la rapidité avec laquelle les quelques objets qui en sont le support et parfois le symbole sont à leur tour périmés, détériorés ou perdus. »

  • Gourmandise de mots : remblai, cyme, hispide et bourrache.

    Pas très loin du chemin de la Tourelle, chaque année quand le printemps est bien commencé, il y a un endroit où sont ensemble oliviers, coquelicots et bourrache. Les coquelicots y sont foison, ainsi que la bourrache dont on dit pourtant qu’elle pousse sur les bords des chemins, ou sur les talus. Dans le Guide des plantes médicinales, édition Delachaux et Niestlé, édition 1977, les auteurs utilisent un mot très désuet, en indiquant que la bourrache aime les remblais.
    Un remblai, c’est un endroit où on a apporté des matériaux pour construire un muret, par exemple, ou de la terre pour égaliser le sol. La bourrache appréciait-elle plutôt les terres venues d’ailleurs ? Quelle belle ouverture d’esprit !
    Or, le petit endroit près du chemin de la Tourelle ne signale aucun remblai… C’est tout simplement plat, petit et beau à couper le souffle. Il s’agit certainement d’une petite partie d’une ancienne oliveraie désormais à l’abandon.
    Après des années de tentatives obstinées, on ne cueille plus de coquelicots : ils fanent tout de suite.
    On n’a jamais fait non plus de bouquet de bourrache non par crainte de ramener à la maison des tiges molles mais parce que les feuilles ne sont pas attirantes. En effet, la plante est très hispide c’est-à-dire, comme le précise le glossaire de Tela Botanica qu’on ne se lasse jamais de lire, qu’il s’agit d’une plante garnie de poils longs, raides et presque piquants. Avec l’ingratitude qui nous est familière, on ne se préoccupe que des fleurs puisque c’est l’endroit idéal pour en faire provision. On les met dans le petit sac en papier amené pour l’occasion et, la plupart du temps, on les a toutes croquées avant la fin de la promenade. Gourmandise de fleurs.
    Les fleurs sont bleues, en grappe, disposées en cyme, lit-on. Une cyme… C’est-à-dire que les fleurs partent du même endroit et arrivent à la même hauteur. On peut le confirmer puisqu’il est très aisé de cueillir les fleurs, même si elles inclinent leurs cinq pétales soudées vers le sol.
    La bourrache est une simple, soit une plante médicinale. Certains, parait-il, la surnomme le pain des abeilles. Dès que le mot abeille apparaît quelque part, on se sent aux aguets, tellement on les aime, les abeilles, tellement elles sont en danger .... et on voudrait alors que des remblais soient installés partout partout partout pour que la bourrache y pousse et que les abeilles puissent venir y butiner – ceci après, bien sûr, que tous les pesticides aient été interdits.

    « Mais elle est magnifique ! et modeste. Elle s’ouvre pour offrir des fleurs étoilées d’un bleu superbe, vif comme celui d’un regard d’enfant, et qu’elle tourne vers le sol, sans doute pour ne pas humilier la pâleur du ciel. » - Anne-Marie Koenig, Carnets d’un jardin, Grasset, 1994.