Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

LIRE / Gourmandise de mots

  • bleu-maman.


    Certains livres se lisent vite et ensuite, on a un peu de mal à se souvenir exactement de ce qu’on a lu. On tient le livre dans sa main, on regarde encore une fois la couverture, et on se dit : Bon, eh bien voilà, je l’ai lu – mais on reste sur sa soif.
    D’autres livres se lisent lentement. Très lentement. Parce que ce qui y est écrit est bien écrit et beau et qu’on a envie de rester avec ces pages. Parce que ce qui y est écrit touche au cœur et qu’il faut du temps pour passer non seulement d’une page à l’autre mais d’une ligne à l’autre.
    C’est ce qui s’est passé avec Transpositions hasardeuses, d’Emma Messana, un magnifique poème à sa mère disparue, illustré d’aquarelles tout aussi magnifiques, qui évoque ces moments terribles que les aidants connaissent hélas très bien : quand on sait que c’est la fin de la vie que celui ou celle qu’on accompagne est en train de vivre et qu’on fait du mieux qu’on peut en sachant parfaitement qu’on n’évitera pas l’inéluctable ; parce que c’est la vie ; parce qu’est la mort.
    On a lu les passages sur les mains qui se tiennent, les sommeils profonds qui à la fois réconfortent et inquiètent, les bagues qu’on finit par porter et puis à la page 47, voilà, il y a eu « bleu-maman ». Il a fallu du temps pour reprendre la lecture… et c’était bien de le terminer, ce livre doux et beau, car il a été aussi un partage avec tout ce monde des mamans et des papas disparus, et des enfants qui doivent continuer leur propre chemin.
    Merci Emma.

  • Quelques vers pour la journée.


    En marchant le long de la mer, quelques vers de Pedro Salinas sont revenus. Les voici :

    Avec joie

    Combien, combien en a la mer,
    combien de joies !

    Etres de lumières, sur l’eau,
    dansant sur la pointe des pieds.

    Comme les flots finissent bien :
    ils meurent en ballerines !

    Dans les machines bleues
    des fêtes se profilent.

    Ni vagues, ni reflets ne sont
    tout ce qui brille.

    Ni écume celles qui jouent,
    déjà évanouies.

    C’est la comédie que la jouissance
    monte chaque jour.

    La constance dans le bonheur.
    Oui, celles qui s’obstinent

    Comme bonheurs, à être.
    Ténacité, dans la félicité.

    Les joies, la mer
    elle ne les perd jamais.

    Alors pourquoi ai-je
    la main sur ma joue ?

    Tiennes, ou miennes, peu importe,
    puisqu’on les voit,

    Dans l’air, dans le soleil, laissant resplendir
    leur corps d’ondines ?

    Si toutes les jubilations sont siennes,
    elle me les offre toutes,

    Comme la vie, chaque jour,
    elle m’offre ma vie,

    En acceptant la lumière
    qu’une autre aurore m’envoie ?

    Les joies qui me manquent,
    elle me les fabrique.

    Depuis ses lointaines profondeurs
    elles cheminent vers moi.

    Et là dans les yeux, les siennes
    se font miennes.



    Pedro Salinas, Avec joie, in La mer lumière, Presses Universitaires Blaise Pascal, 2011, p. 41,