Après avoir sorti de leur rayonnage tous les livres de Philippe Jaccottet pour les prêter, feuilleter « Notes du ravin » dont j’avais publié un passage en 2013 et que je recopie ici :
« La dernière sonate pour piano de Schubert m’étant revenue hier soir, par surprise, une fois de plus, je me suis dit simplement : «Voilà». Voilà ce qui tient inexplicablement debout, contre les pires tempêtes, contre l’aspiration du vide ; voilà ce qui mérite, définitivement, d’être aimé : la tendre colonne de feu qui vous conduit, même dans le désert qui semble n’avoir ni limites, ni fin ». (1)
(1) Philippe Jaccottet, Notes du ravin, Ed. Fata Morgana, 2001, p. 21.
Gourmandise de mots
-
Même dans le désert
-
Certitude de l’inespéré
Depuis plusieurs semaines, de très très nombreux Chinois consultent le blog et en lisent toutes les notes, vraiment toutes, les unes après les autres. Je salue ces lecteurs et je les remercie de leur intérêt…
L’autre jour, c’était cette note-ci qui avait été consultée.
Je la remets car je l’ai moi-même relue avec plaisir :
21 septembre 2012. Certitude de l'inespéré.
"Rentrer à la maison.
Aller directement sur le bureau prendre le « Journal d’Antigone » d’Henri Bauchau qui vient, en dormant, de quitter ce monde.
Lire ce passage-là : « Le patient que j’attends est en retard, ce n’est pas la peine d’entreprendre quelque chose avant qu’il arrive. Me voici à ma table, sentant avec plaisir le temps s’écouler plus lentement que d’habitude et ma plume glisser presque sans but sur la page. Devant moi, trois roses et quatre lys dans un vase de porcelaine dont l’anse est brisée mais auquel je tiens car il était chez mes parents. A ma gauche, un exultant bouquet d’anémones que j’ai rapporté hier. Rien d’autre à faire qu’écrire et éprouver que je suis dans l’existence. Dans cet instant de loisir et d’attention, l’inespéré, encore inatteignable, s’élabore et laisse pressentir sa vie cachée ».
Se sentir plus forte de cette certitude-là. »