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la question du lundi - Page 4

  • La question du lundi : ne pas laisser les blessures avoir le monopole du souffle.

    C’est tout à coup que quelqu’un se met à parler de soi-même lors d’une réunion entre collègues, mettant en mots ainsi la douleur qu’on a déjà perçue dans des gestes, dans une maigreur, dans un style vestimentaire, dans des essoufflements, dans des cernes, dans des rires ou dans les aigus d’une voix, dans des épaules qui tombent ou des mains qui tremblent. Ensuite, les échanges sont beaux et riches tout autour des tasses de thé ou de café pour apporter réconfort et témoignages à l’appui. Une question est posée :
    - Et toi ? Comment fais-tu ?
    On va chercher l’assiette de shortbreads qu’on pose sur la tablette repeinte en bleu vif et on dit que, si blessures il y a eu, si blessures il y a encore, si blessures il y aura certainement, on a toujours fait en sorte d’exister aussi avec elles et, dans les meilleurs des cas, en dehors d’elles car elles ne sauraient réduire notre être à la souffrance et à n’être que plaie. C’est ainsi que doit aller la vie. Il ne s’agit pas de les nier et de faire comme si elles n’existaient pas : bien au contraire, il faut leur laisser de la place ou plutôt, il faut leur laisser de l’air car une souffrance étouffée s’enkyste et s'enflamme. Mais pas toute la place car sinon les blessures ont le monopole du souffle. Comme on parle à un enfant à qui on explique qu’il doit partager, on peut parler à ses blessures en leur disant : « Ecoutez, vous, les blessures, vous n’êtes pas toutes seules ici. Poussez-vous un peu quand même pour qu’il y ait de la place pour le sourire, l’émerveillement devant une fleur, la lumière du ciel ou la simple communauté de la vie. Poussez-vous pour que je puisse respirer un peu. Vous êtes là, je le sais et je ne vous veux pas de mal. Vous êtes les blessures ; je sais bien ce que vous êtes ; je n’ignorerai jamais la cicatrice là sur la peau ou au cœur de mon cœur ou le tréfonds de mon ventre. Oui, vous êtes les blessures et vous êtes là dans ma vie. Je ne peux donc pas vous ignorer. Si je faisais comme si vous n’étiez pas là, vous seriez affolées et, dans votre douleur et dans un terrible sentiment d’abandon, vous ne pourriez que croître de plus belle, exigeant toute mon attention. Mon attention, vous l’avez, soyez-en certaines. Je vais prendre soin de vous, vous prendre à bras le corps pour vous apaiser. Quand vous aurez compris que je vous sais inoubliables, certes, mais que je ne vous laisserai pas me boucher la vue, nous irons d’amble, vous en repères sur mon chemin, moi debout regardant l’horizon. »

    Qu’en pensez-vous ?

  • La question du lundi : raison.

    Lors des réunions de famille ou de repas entre amis, les discussions vont toujours bon train sur des sujets très variés. Il arrive parfois que quelqu’un s’exprime sur un ton péremptoire (le discours est alors suivi d’un geste rageur de l’index) et affirme quelque chose dont on sait que c’est faux. Il ne s’agit pas d’opinions personnelles du genre « de mon temps, c’était mieux » ou « ah, les jeunes, il leur faudrait une bonne guerre » ou encore « mais c’est quoi encore cette idée débile d’interdire la fessée » qui pourraient, éventuellement, donner lieu à des débats animés. Non, il s’agit de ces faux-faits du genre : « Tiens, ce sont les assiettes de la tante Madeleine ! », alors qu’on les a chinées il y a des années.
    Le mieux, c’est de dire : « Oui. »
    Car si on dit : « Non, ce sont des assiettes que j’ai chinées il y a des années sur la côte basque », on s’entendra répondre : « Non mais dis donc, je sais ce que je dis, ce sont les assiettes de la tante Madeleine ! ». Et s’ensuivra une démonstration vigoureuse de l'affirmateur, le ton enflera, on répondra, on nous répondra, etc. On finirait bien par s’énerver et par affirmer qu’on peut toujours aller chercher la facture ! Non mais.... Et de quoi donc aurait-on l’air, à se justifier ainsi pour un sujet aussi ridicule ?
    Non, on laisse courir. Ce n’est pas grave. Ce qui compte, ce n’est pas d’avoir raison, d’imposer son point de vue quand on voit qu’il ne sera pas entendu. Là, il n’y a pas les conditions pour un échange. Là, la personne qu’on a en face de soi a besoin d’avoir raison. Et on ne peut pas obtenir des gens ce qu’ils ne peuvent pas donner. Alors, on préfère que la journée continue tranquillement, et que tout le monde soit content.
    Et vous, aujourd’hui lundi, demain mardi, et les jours suivants aussi peut-être, pensez-vous important d’avoir raison à chaque fois que c’est possible, de le dire et de l’affirmer ?