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se poser des questions

  • La question du lundi. Des nombres désincarnés.


    On l’a déjà dit ici, et plusieurs lecteurs de ce blog ont aussi fait ce choix, on n’écoute plus que très peu les informations. On se tient informé quand même et quelque chose continue à choquer, qui montre combien notre société tend vers la déshumanisation. Il y a bien sûr toute cette violence, toutes ces guerres, toutes ces insultes que des débatteurs peuvent se dire, tout ce manque d’écoute, toute cette interdiction de la contradiction, toute cette misère matérielle, humaine, culturelle… Mais il y a surtout ces courbes, ces cartes, ces pourcentages, et ces nombres égrenés par des voix monocordes, quotidiennement, sur le nombre d’hospitalisations, le nombre de personnes en réanimation et, le pire, c’est le nombre de morts à qui on n’accorde plus qu’un court passage sur un bandeau déroulant. Dimanche 11 octobre, 46 morts de la Covid. On en parle un peu, de ces personnes décédées, en traçant à grands traits leurs points communs. Mais qui sont-ils ? Ils ont bien un prénom, ils ont bien un visage… Tous les morts ont des noms et des visages, qu’ils décèdent de la Covid, du cancer, d’un accident … Dans les mondes totalitaires, le premier pas vers la déshumanisation était d’enlever aux êtres humains leur prénom pour leur donner un numéro.

    D’où la question du lundi : Avez-vous remarqué cela aussi, l’importance de ces nombres, de ces courbes, de ces cartes, pour parler des malades et des morts ?

  • La question du lundi. Ebréché.


    Quand, il y a des années de cela, on a pu avoir un chez soi, on a eu la chance de récupérer de la vaisselle et des casseroles et des couverts récupérés chez une grand-mère et une grand-tante qui venaient, comme opportunément, de faire leurs bagages pour partir au Paradis. Ainsi, pendant longtemps, on a utilisé des casseroles cabossées, des couverts un peu tordus, de la vaisselle ébréchée. Toutes les assiettes n’étaient pas ébréchées, mais parmi la pile de ces jolies assiettes blanches bordées d’un filet mauve, il y en avait pas mal quand même. Ainsi, de temps en temps, cette ébréchure (on ne sait pas si ce mot existe) en réapparaissant, et parce qu’on faisait avec, rappelait qu’on était soi-même ébréché ; de même, on était comme certaines casseroles à peine stables car tellement cabossées.
    Bien longtemps après, on a regardé tout cela et on s’est dit qu’on méritait mieux quand même et surtout, à force de voir tant de choses autour de soi en si piteux état, on s’est dit qu’on allait vraiment s’y habituer, vraiment faire avec, vraiment l’accepter, vraiment s’y enfermer. Progressivement, on a fait disparaître tout cela. Très lentement, mais très sûrement.
    Ce n’est pas que les bosses, les écorchures, les rafistolages ont disparu de notre histoire, mais aujourd’hui on s’applique à ne pas conserver systématiquement un bol ébréché car on a récupéré une sorte d’entièreté de vie.

    D’où la question du lundi : que faites-vous d’une assiette, d’un bol, d’un plat quelconque, quand il est ébréché ?