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chiner

  • Le vase bleu.

    La technologie est bien utile pour aller et venir sur la route des vacances. Mais elle l’est encore plus quand elle tombe en panne et qu’elle permet de se perdre. Plus aucune voix pour indiquer qu’il faut prendre la deuxième ou la troisième sortie d’un rond-point. On prend donc une sortie au hasard, aidé en cela par la position peu claire de panneaux routiers dont on confond, en plus, les couleurs.
    Et nous voilà sur des routes sinueuses. On sait qu’on doit aller vers le Nord : on s’aide du soleil de matin pour se diriger. De part et d’autre, des champs, des maisons parfois, également quelques hameaux. Pris au jeu, alors qu’on repère la direction des grandes artères sur lesquelles il faudra rouler vite, on poursuit cette promenade aléatoire parce que le paysage est vraiment très beau. On atteint des sommets de collines, on redescend vers des villages et on finit par s’arrêter sur une place ombragée pour aller prendre dans une pasticeria de la foccacia pour le pique-nique. C’est alors qu’on repère la boutique d’un antiquaire. Elle est étroite et tout en longueur. On y entre. On circule dans un fouillis d’objets divers. L’odeur d’humidité s’intensifie au fur et à mesure qu’on progresse vers le fond du magasin. On soulève des tasses à café en fine porcelaine – elles sont bien souvent orphelines de leurs cafetières et parfois ébréchées. On regarde quelques gravures aux cadres dorés dont les verres sont désormais ternis par le temps. On s’arrête devant une jolie petite table aux pieds joliment travaillés. Au moment où on va quitter cet antre de poussière, on contourne une vitrine qui contient de la vaisselle. C’est là qu’on le voit, le vase bleu. Il mesure à peu près vingt-cinq centimètres de hauteur. Sa panse est décorée de feuilles de lierre d’un bleu intense reliées entre elle par des lignes dorées. Son col se rétrécit ; il est bleu ciel et ajouré. L’embouchure est ondulée et bordée d’un liseré lui aussi doré. On ne partira pas sans ce vase. Comme on n’ose pas ouvrir soi-même la vitrine qu’on devine grinçante et fragile, on appelle l’antiquaire. Il sort le vase et le présente, tel un trésor. On le prend dans la main. On conclut l’affaire. Le vase est précieusement emballé dans du papier journal.
    On reprend la route. A la sortie de ce village, les pancartes ne laissent planer aucun doute sur la direction à prendre. C’est comme si on pouvait, maintenant, suivre les grands axes.