« Bientôt les feuilles se déplissent et, s’étirant de toutes leurs nervures, occupent entièrement leur surface. L’arbre, cette charpente, redevient plante verte, ou plutôt se couvre d’innombrables plantes annuelles que sont, sur lui, ces feuilles, ces fleurs et ces fruits, dont, dans 7 ou 8 mois, il ne subsistera plus rien, sinon cette tige dépouillée, le rameau, sinon peut-être cette graine déposée sur la terre et qui déjà y germe. Les rameaux sont tous identiques, dans leur structure, à l’arbre lui-même ; ils sont la multiplication à l’infini de sa propre image, mais passagère transitoire. Cependant, dès juin-juillet, alors que l’arbre est encore en pleine opulence, se prépare déjà la renaissance de l’an prochain, la pousse qui n’apparaîtra qu’au mois de mars ou d’avril ; c’est donc dès la fin du printemps que se décide ce que sera le printemps suivant. » (1)
J’avais lu il y a bien longtemps ce livre si impressionnant de Rachel Carson, Printemps silencieux.
Depuis quelques jours, relisant ce Larousse des arbres, me promenant au milieu d’arbres,
les admirant,
les saluant,
les touchant,
je ne voudrais pas arriver à me demander si, un jour, nous vivrons un printemps sans arbre.
(1) Jacques Brosse, Larousse des arbres, préface de Jean-Marie Pelt, Ed. Larousse, 2018, p. 519
CONTEMPLER / Liste de contemplation
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Arbre 3
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Arbre. 2
Un extrait supplémentaire du Larousse des arbres, de Jacques Brosse que j'ai relu après être allée saluer un arbre multi centenaire dont je peux dire que, oui, je le vénère :
« Au moment où une sorte de vertige, fait à la fois de langueur et de fièvre, saisit tous les vivants sur cette terre, y compris l’homme, et sourdement les agite, dans le temps où les oiseaux, sous l’action de la lumière qui, de jour en jour, se renforce et étend son empire, changent de tenue et songent déjà au nid dont ils délimitent les abords par leurs chants, il se passe, au plus creux de l’arbre, dans ses invisibles profondeurs, quelque chose qui ressemble au réveil d’un volcan. Les réserves accumulées durant l’été précédent, réactivées par les diastases – ou enzymes – qui les attaquent, s’insèrent de nouveau dans le circuit. La sève bouillonne comme une lave. Les radicelles entrent en action dans la terre qui se réchauffe, y puisant l’eau chargées de sels minéraux dissous ; le fluide, soumis à une forte pression, repart dans ce grand corps que la vie paraissait avoir déserté, s’élève dans les conduits, fait sauter les cals qui depuis l’automne les obturaient, se porte aux points de rupture de la gaine protectrice, comme si, dans son impétuosité, il voulait surgir au-dehors, et oblige enfin les bourgeons à s’ouvrir. » (1)
(1) Jacques Brosse, Larousse des arbres, préface de Jean-Marie Pelt, Ed. Larousse, 2018, p. 519