Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

CONTEMPLER / Liste de contemplation

  • Les petites feuilles d’érables.

    Tout autour du Gapeau que les dernières pluies ont transformé en torrent, la forêt est puissamment humide, trop abreuvée même par ces flots venus d’un ciel en rage pour qu’elle puisse tout absorber. Ainsi, certains chemins gardent en leur travers des mares boueuses où le pied s’enfonce jusqu’à la cheville. Mais on sent la bonne odeur de la terre mouillée et de l’humus épais. Mais on voit les lichens lumineusement vert clair s’affichant fièrement sur les écorces noires. Mais on foule sur le sentier un tapis de feuilles de charmes, jaune et doux pour le pas puis, encore plus loin, c’est sur les feuilles d’érables qu’on avance. Les plus petites d’entre elles sont de l’érable de Montpellier.
    On en prend une pour la mettre dans le carnet noir, près d’une feuille de charme ramassée tout à l’heure. Leur petitesse est attendrissante mais elle n’enlève rien à la puissance de leur clarté dans ce sous-bois touffu que le jour gris assombrit encore plus. Ce qui est petit est toujours attendrissant, mais ce sont bien elles, ces feuilles minuscules jaunes comme l’or, que l’on remarque le plus, que ce soit au sol ou encore sur les branches désordonnées de l’arbre. En la tenant par son pétiole, on la trouve aussi bien fragile. On pense à comment elle fut arrachée de sa branche par la tempête, comment elle tournoya violemment pour être précipitée à terre, et qu’on la retrouve, là. Sans doute ses trois lobes réguliers l’ont-ils aidée dans son vol, freinant la chute, telles des élytres dont elles ont presque la transparence.
    On voudrait passer le gué comme on l’a prévu, mais il n’en a plus que le nom : l’eau dévale abondamment sur toutes les pierres. On choisit de changer de circuit pour aller plus haut en suivant des chemins creusés en leur mitan par une eau cavaleuse. Mais avant, on regarde la jolie prêle dont on sait les bienfaits. On est bien en hauteur de la colline quand le mistral se lève. Au détour de la piste, au loin les montagnes enneigées. On les contemple. On prend le temps de se poser sur quelques pierres, de rester tranquille en grignotant deux ou trois arbouses rouges, de regarder tout autour et de sentir les odeurs de la forêt. Quand on redescendra vers le fleuve, on ramassera des branches de houx qu’on a vues joncher le sol. On les utilisera pour les prochaines couronnes de l’Avent et de Noël, même si on se piquera un peu les doigts !


  • Dans la colline.

    Aller dans la colline, c’est quitter les habitations et la route goudronnée pour prendre un sentier bien souvent sinueux et irrémédiablement pierreux. C’est rencontrer des arbres. Beaucoup de chênes pubescents dont les feuilles tombent et fanent, des chênes verts dont les feuilles ne sont ni lobées ni jaunes, et des chênes kermès dont les dernières pluies ont avivé les épines ; des cades chevelus aux reflets bleus déjà alourdis par leurs nombreux fruits, petites boules vertes, mais bientôt noires ; des pistachiers térébinthes aux belles petites feuilles jaunes et rouges ; des arbousiers dont les fruits n’ont pas encore pris leur teinte de Noël. C’est rencontrer des pierres, de celles que le pied évite ou d’autres qu’on appelle rochers. C’est déboucher sur des clairières tapissées d’un thym si odorant qu’on en prend quelques brins pour la tisane du soir. C’est recevoir la pluie dont les gouttelettes éparses abreuvent le sillon du chemin creux puis, quand le mistral émet ses premiers souffles pour prévenir les nuages qu’il est temps de faire toute la place au bleu du ciel, recevoir une pluie de feuilles virevoltantes, quasi-joyeuses dont certaines, joueuses aussi, viennent se coller sur le bout du nez. Ce n’est pas grave qu’il fasse alors plus froid et que les doigts s’engourdissent un peu à la cueillette des pissacans, des coulemelles voire des girolles : il fait un grand soleil et on va et vient entre les taches de lumière et d’ombre. Puis, debout au milieu de la forêt, on se souvient de quelques passages de Pagnol évoquant l’automne en Provence dans Le château de ma mère.