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l'antan

  • Le cyclamen rose et la bruyère violine.


    Avec les chrysanthèmes traditionnels, on a apporté aussi l’autre jour au cimetière un cyclamen rose pâle et une bruyère violine, tout particulièrement pour un de ceux posés là dans ce vaste caveau. On l’imagine désormais tranquille, face au ciel lumineux du Midi où il avait choisi de vivre car il n’aimait pas avoir froid. Durant son enfance il eut lui aussi près de lui ces deux plantes dont les teintes sont proches, de la même famille pourrait-on dire puisqu’il s’agit bien d’une histoire de famille ; et il avait gardé adulte l’habitude d’en avoir aussi chez lui. La bruyère, c’était la grand-mère qui en raffolait et ne passait jamais sans la mauvaise saison. Elle portait d’ailleurs bien souvent des vêtements de ce violine rosé qui n’avait rien de triste ni de vieux mais qui était doux au point d’en avoir même sur les pages des catalogues le parfum de sa peau douce. Le cyclamen, rose clair, quasi rose layette, c’était la mère qui s’en procurait un dès qu’ils apparaissaient aux étals des fleuristes, trouvant toujours les pièces pour lui dans le porte-monnaie efflanqué. On les a posés de part et d’autre de la tombe dans les vasques en pierre dont on a toujours pensé qu’elles avaient été installées pour eux quand c’est l’automne.


  • Les petits pois.

    En les voyant à La Criée, on n’a pu résister : des petits pois, les premiers. On en a pris pour refaire certains gestes disparus de celles désormais absentes, car il est bon de s’appuyer sur les bons moments vécus ensemble.
    Les premiers petits pois sont toujours parfaitement frais. Leurs cosses sont de ce vert petit pois, justement, qu’on reconnaît parmi tous les verts du printemps. Au regard aussi, on juge si la cosse est bien remplie car si les petits pois étaient trop petits, cela n’irait pas pour le plat à préparer. La bonne taille pour le petit pois, et bien, c’est la taille du petit pois – on se souvient bien de ce genre d’affirmations qui laissaient dubitatives l’enfant qu’on était mais, à l’époque, on ne prenait pas trop de gants avec les enfants à qui on disait souvent « c’est comme ça ».
    En rentrant, ranger rapidement les courses et se mettre au plus vite à écosser les petits pois en suivant les règles habituelles : étaler une feuille de journal sur laquelle on laissera les cosses vides, prendre le petit saladier dédié à l’écossage des petits pois pour y déposer les dits petits pois. Ne pas oublier d’avoir sur la table, pour que le souvenir soit entier, une toile cirée, à carreaux par exemple, ou avec un motif provençal jaune et lavande. Sortir le reste de laitue de la veille emballé dans un torchon humide et l’étaler sur la table, le beurre, et les petits lardons qu’on a fait couper le matin même par le boucher (on y est passé puisqu’il y avait les premiers petits pois chez le primeur) ainsi que des petits oignons pris dans la caisse où sont pêle-mêle oignons, aulx et échalotes. Eplucher les petits oignons. Dans la casserole, faire fondre une noix de beurre, rissoler les lardons et les petits oignons (prononcer ou-a-gnon) et quand ceux-ci ont pris la bonne couleur, verser les petits pois et les feuilles de laitue. Recouvrir, mais à peine, de bouillon de légumes (fait maison, évidemment). Saler et poivrer. Laisser cuire à peu près vingt minutes, à petit feu. Servir les petits pois sans omettre le bon jus qu’on n’hésitera pas à saucer avec du pain bien frais. On pourra aussi faire un vœu puisqu’on mange des petits pois pour la première fois de la saison.
    Elles auraient dit : "C'est un régal."