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l'antan

  • Les cyclamens.

    On s’est posé la question de savoir depuis quand on voit des petits cyclamens, tout mini, qu’on peut mettre à plusieurs dans une jardinière. De tout temps à jamais, jusqu’à il y a peu, donc, on n’avait de cyclamens que des plantes d’une taille respectable afin de pouvoir les poser au centre de la table, une fois les couverts débarrassés, la nappe secouée et pliée, et le napperon en dentelle remis. De même, les pots étaient en terre, tous de ce brun rouge qui pouvait laisser sur le bout des doigts une légère poussière. D’ailleurs, elle qui aima les cyclamens jusqu’au bout, rempota elle-même le plus longtemps possible tous ceux qui arrivèrent chez elle en pot de plastique. Puis elle demanda qu’on le fasse pour elle ; elle expliquait que le cyclamen a besoin d’eau et que dans le plastique, il est vite en manque d’humidité. Et oui, même les plantes il fallait les faire durer, comme on le faisait pour un vêtement ou un objet – quant aux meubles, n’en parlons pas, quand on en avait un, on le gardait pour toujours. Toutefois, elle se fit très bien aux petits cyclamens et cela lui faisait plaisir d’en avoir un dès qu’ils apparaissaient sur les étals des fleuristes. Mais il fut un autre point sur lequel elle ne changea pas : la couleur. Rien ne valait les cyclamens roses. Elle en eut des blancs magnifiques, des rouges somptueux, des fuchsias intenses. La remarque : « Ah, celui-là, il est vraiment beau », qui accompagnait l’arrivée d’un rose tendre dans sa cuisine, montrait que dans l’échelle des cyclamens, c’était bien celui-ci qui avait le prix d’excellence.
    On a gardé le dernier qu’elle eut tout près d’elle. L’an dernier, il fit au jour dit une seule fleur, rose comme l’était ses joues qu’on aimait embrasser. Cette année, il est là encore mais la fleur est en bouton. Elle prend son temps. Sans doute n’aime-t-elle pas, finalement, les anniversaires et montre-elle ainsi qu’elle fait comme elle veut, quand elle veut, si elle veut. Ah ! cette liberté….

  • Transmettre.

    A la jeune femme au ventre bien arrondi maintenant, on donne le petit paletot couleur crème sur lequel on a cousu trois boutons bleu des mers du sud. Elle est heureuse, pose le paletot sur ses genoux, tient entre ses mains les petites manches. Elle dit qu’elle aimerait bien avoir un bonnet assorti – d’ailleurs, il reste de la laine, et largement. On sort les catalogues de tricot. On les feuillette. On dit : « Celui-là, il est mignon ». « Oh, et celui-là ! » « Et celui-là, avec les petits pompons ! ».
    L’espace de quelques secondes, le monde d’antan ressurgit et des voix qui ne sont plus résonnent. Les vieux catalogues, surtout les Pingouins, se superposent à ceux d’aujourd’hui. Les tons de jaunes, car on ne savait pas si ce serait garçon ou fille, alors on tricotait en jaune, éblouissent les pupilles.
    Puis on revient au moment présent. La liste s’allonge pour le trousseau du bébé. On dit le mot « trousseau » d’ailleurs, qui étonne puis qui ravit quand on l’a expliqué. Quand la liste est faite et les modèles marqués dans les catalogues par des fils de laine, on continue à discuter. L’une, allongée, les mains sur le ventre ; l’autre qui monte les mailles pour le petit bonnet au point mousse. L’une finit par dire : « Tu m’apprendrais à tricoter ? »