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SE SOUVENIR / L'antan

  • L’antan. Souffle autour des pissenlits.


    Sur la pelouse qui longe le chemin vers l’embarcadère, d’innombrables pâquerettes conversent avec tout autant de pissenlits. Certains de ces derniers ont déjà fané et la fleur s’est transformée en une aigrette dont le nom même, aigrette, est léger comme le souffle. Je ne peux pas résister et j’en cueille un puis je souffle sur les akènes qui s’envolent.
    Enfant, j’allais me promener dans un parc aux arbres centenaires dont les vertes pelouses descendaient en pente douce vers un lac dans lequel des truites étaient laissées tranquilles. On avait le droit, à l’époque, d’aller leur donner du pain, ainsi qu’aux deux ou trois cygnes qui occupaient les lieux.
    Sur ces vertes pelouses, donc, il y avait aussi des pâquerettes et tout autant de pissenlits. Et cette même brise légère quand on était en mai. Parfois, on arrêtait notre course pour cueillir des pâquerettes et on en détachait les pétales : je t’aime, un peu, beaucoup, passionnément, pas du tout… Ou un bouton d’or, il y en avait aussi, et on le mettait sous le menton d’une compagne de jeu pour lui dire si elle aimait le beurre et après, on riait.
    Quant aux pissenlits, comme je l’ai fait hier sur le chemin, on prenait ceux qui étaient fanés, on les approchait des lèvres, on soufflait pour faire s’envoler cette si fine aigrette composée de tant d’akènes. Je me souviens que je les regardais s’élever vers le ciel et il me semblait qu’aucun d’entre eux ne tombait jamais, comme si mon souffle qui avait précédé de peu celui du vent, leur avait permis de prendre cet envol et de réaliser ainsi leur rêve d’aller au-delà d’eux-mêmes.

  • Le cyclamen rose et la bruyère violine.


    Avec les chrysanthèmes traditionnels, on a apporté aussi l’autre jour au cimetière un cyclamen rose pâle et une bruyère violine, tout particulièrement pour un de ceux posés là dans ce vaste caveau. On l’imagine désormais tranquille, face au ciel lumineux du Midi où il avait choisi de vivre car il n’aimait pas avoir froid. Durant son enfance il eut lui aussi près de lui ces deux plantes dont les teintes sont proches, de la même famille pourrait-on dire puisqu’il s’agit bien d’une histoire de famille ; et il avait gardé adulte l’habitude d’en avoir aussi chez lui. La bruyère, c’était la grand-mère qui en raffolait et ne passait jamais sans la mauvaise saison. Elle portait d’ailleurs bien souvent des vêtements de ce violine rosé qui n’avait rien de triste ni de vieux mais qui était doux au point d’en avoir même sur les pages des catalogues le parfum de sa peau douce. Le cyclamen, rose clair, quasi rose layette, c’était la mère qui s’en procurait un dès qu’ils apparaissaient aux étals des fleuristes, trouvant toujours les pièces pour lui dans le porte-monnaie efflanqué. On les a posés de part et d’autre de la tombe dans les vasques en pierre dont on a toujours pensé qu’elles avaient été installées pour eux quand c’est l’automne.