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En lisant. Pierre Morency.


Dans le sac à dos, en ce moment, L’œil américain, de Pierre Morency. Lecture lente, très lente, car c’est un grand plaisir de relire quelques passages plusieurs fois. Comme une gourmandise. Et, on peut le dire, comme une extase, ainsi des pages sur le pissenlit. Ou d'autres... Alors, pour partager, voici un extrait :

« Tout a été découvert, sommes-nous portés à penser dans nos moments de lassitude. Pendant ce temps-là, dehors, une exubérance à chaque seconde se renouvelle, les racines travaillent, les sources montent, les poissons fulgurent dans le torrent, les écorces crient, les feuillages se peuplent de nids, les nids répandent des chants, les gazouillis répondent à des feulements, des plaintes s’enroulent dans les creux du silence, les arbres inventent des musiques, les champs ondulent et crépitent à midi, les fleuves d’odeurs comblent des museaux, chaque aube a son soleil à nul autre semblable, chaque soir soulève des tours de sons inouïs, la nuit porte des lueurs, des oreilles se tendent pour tout saisir, des yeux cherchent des yeux, on marche sous les pierres, on pousse à la lisière, tout va mourir bien sûr, tout va partir en poudre sous la terre ou dans le vent, mais tout cherche à naître encore et toujours. Que jamais ne nous déserte cet éclair qui nous tient aux aguets. »


Pierre Morency, L’œil américain, p. 22/23, Le mot et le reste, 2021 pour l’édition française.

Commentaires

  • C'est amusant, ça fait écho (un peu) à ce que j'ai répondu sur un autre blog au sujet des enfants qui partent à 18 ans. Pour certains, ils semble que ce soit le bout du monde mais heureusement qu'ils partent! On devient libre d'écouter, de penser, de regarder autre chose et de vivre par nous-même et non plus toujours pour eux, même s'ils nous manquent un peu parfois.

  • Oh mais ça devrait me plaire! Et puis, Le mot et le reste, gage de belles lectures, en général. J'ai découvert récemment que cet éditeur a une collection poche.

  • Que c'est beau, cet extrait me "parle" beaucoup...Voilà un auteur que je n'ai jamais lu et je comprends que chaque passage se déguste si tout le livre est ainsi formulé. Merci de nous en parler, je vais le noter...Belle journée

  • Quelle énergie dans ces lignes, un monde vibrionnant
    là où tout paraît silencieux ou plutôt la vie derrière
    les apparences !
    Quel bonheur de découvrir soudain une fleur
    dans un feuillage qui semblait uniformément vert
    et puis on commence à compter ses sœurs dans le magnolia :
    l'arbre majestueux enfante dans son grand âge,
    une sorte de Sarah biblique !
    Le chêne voisin, les vieilles aubépines ont été abattus,
    le soleil brille à présent sur l'ensemble du feuillage vernissé
    et les années qui viennent donneront de beaux "enfants"
    à notre magnolia ;
    J'utilise à dessein cette expression car Chateaubriand,
    lorsqu'il évoquait ses arbres, parlait de ses "enfants"...

    les hérissons, vagabonds de la nuit, les salamandres
    dans les tas de pierres, les chauves-souris à la nuit tombante,
    où se cachent ces animaux dans la clarté du jour ?
    Mystère délicieux de notre monde que nous pensons visible !

    Belle journée, Marie, vos lectures deviennent un peu les nôtres !

  • Je ne sais rien de cet auteur, mais son écriture est belle; je découvre, et je lis avidement. Comme on boit à la source, à la beauté: merci!

  • J'adore l'extrait quel bel hymne à la nature en tenant compte que la mort guette tout ce qui est sur terre y compris nous, alors que le monde aujourd'hui, veut éradiquer la mort.
    Belle journée

  • Extrait vraiment superbe qui donne envie d'en lire davantage. Merci pour cette découverte Marie. Un physicien poète canadien....
    Chaque mot est à déguster comme une friandise.
    Et comme je suis curieuse j'ai recherché sur google et j'ai trouvé ceci que je vous invite à écouter :

    https://youtu.be/1fzNq6MntxA

    Merci... Douce journée.

  • Cet éclair qui nous tient aux aguets....oh que tout cela est beau et bien dit, merci !

  • Merci Bonheur du jour pour le partage de ce magnifique extrait qui donne envie de lire le livre.
    Doux après-midi, mes amitiés

  • Chez moi j'ai 'La vie entière' de cet auteur. Toutefois, hier, je suis passée à ma bibliothèque emprunter 'Le banc du temps qui passe' d'Hubert Reeves. Des petits textes, parfois des phrases, notés depuis longtemps au fil de ses promenades ou observations de la nature. Alors, nous sommes dans le même genre de lecture. :)

  • J'apprécie ce texte. Pour moi, auteur à découvrir. Olivier vient de m'offrir la prière des oiseaux de Chigozie Obioma.
    Je finis un roman sur Marie Madeleine de Jean Yves Leloup et après celui là.
    Bises

  • Ouah ! Un extrait qui aurait sa place sous l'intitulé "émerveillement" ! Moi qui m'émerveille chaque jour mais n'en parle jamais... Merci Marie.

  • quel bonheur quand un bonheur de lecture est ainsi partagé
    le livre sera grâce à vous lu par d'autres et les petits ricochets continueront ainsi
    que la transmission est précieuse !!!

  • merci pour votre visite, je vous croise sur d'autres blogs mais je n'ai jamais osé franchir le pas du commentaire chez vous, j'avoue que vous m'impressionnez beaucoup et que je me sens toute petite quand je viens vous lire. C'est un texte qui me parle, plus je vieillis et plus je suis happée par ces instants d'extase et de silence. parfois je dis que je vais lire au fond du jardin cachée par les draps de lit qui sèchent sur l'étendoir mais c'est juste pour regarder et ressentir dans le silence la force de la vie qui bruisse autour de moi.

  • Dominique en a parlé également. Décidément.. il faut que je le trouve celui-là. L'extrait est plein de vérité.

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