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contempler - Page 2

  • Les pétales de l’amandier.

    Sur la route qui redescend du Sanctuaire, c’est d’ailleurs plus un chemin qu’une route car deux voitures ne peuvent s’y croiser, admirer l’amandier qui, juste à cette courbe, étire ses branches avec joie pour que ses fleurs nouvellement nées ce printemps fassent connaissance avec le monde.
    Certaines d’entre elles sont largement ouvertes bien qu’un pétale ou deux soient encore fripés d’être restés tout repliés le temps de la gestation de la fleur ; il y avait eu d’abord, on l’avait regardé, ce léger renflement sur la branche, puis cette rondeur qui avait pointé, puis ce bouton rose et de plus en plus blanc et de plus en plus rond qui s’était enfin déployé.
    Comme ils semblent fragiles, ces pétales froissés que le vent de ce jour vient parfois frapper d’une bourrasque inattendue.
    Avaient-ils été prévenus qu’il y aurait ces bourrasques durant leur vie de fleurs ? C’est fort possible, mais comment ?
    On le sait pourtant car, on le voit chaque année, ce sera plus tard que les pétales s’envoleront dans le vent.
    Peut-être quand l’amande sera certaine, ou alors quand les fleurs se lasseront de leurs branches ?

  • Contemplation/dégustation.

    En descendant le chemin au bout duquel il y a la mer, un figuier embaume. On s’arrête. A la saison des figues, il est d’usage de s’arrêter devant chaque figuier croisé durant la promenade. Peut-être y en a-t-il qu’on pourrait marauder ? Celle-ci, peut-être ? On devrait pouvoir y arriver : elle n’est ni très haute, ni très loin. Il s’agit alors d’attraper une feuille et de la tirer à soi, puis d’attraper le rameau feuillu et de tirer encore, mais tout ceci très légèrement afin d’attraper la branche qui suit d’un même mouvement et, en se haussant sur la pointe des pieds et en levant bien haut le bras on peut enfin l’attraper. Délicatement, et en faisant fi du chapeau de paille qui tombe à terre, on la détache mais on ne relâche pas du tout brusquement les branches : on repart en arrière comme si on avait grimpé sur une corde et qu’on en redescendait, tout en sentant dans la paume la chaleur du fruit. Ensuite, on ouvre la main et on regarde la figue. Elle est belle, toute dodue. Elle luit. C’est une fleur, en fait. Comme on l’a appris tout enfant, on l’ouvre en deux en partant du pédoncule jusqu’à l’ostiole au cas où il y aurait une petite bête à l’intérieur. Le spectacle est superbe : des petites billes d’or pur, nichées dans une chair pourpre, s’illuminent sous le soleil du solstice. On mord dedans, le jus s’écoule sur les doigts. C’est du sucre. On pose la peau dans l’herbe et alors qu’on va partir, la tentation est trop forte de recommencer car il y a une autre figue presque tout à côté de celle qu’on vient de déguster. Elle est irrésistible. On recommence : tirer sur la feuille, doucement, sur le rameau, tout doux, sur la branche, attention à ne rien brusquer, se mettre sur la pointe des pieds (on n’a pas pris le temps de ramasser le chapeau qui a roulé à quelques pas), tendre le bras, tirer encore un peu mais tout doucement, et attraper l’autre figue dodue, violette, charnue, luisante ; puis en la calant dans la paume relâcher la branche mais en retenant bien le rameau, puis relâcher le rameau tout en retenant bien la feuille, puis laisser la feuille reprendre de la hauteur, redescendre de la pointe des pieds et admirer la figue. Et se régaler sans passer une seule étape du rituel de la dégustation d’une figue maraudée en chemin. En partant, dire merci, un grand merci, avant de s’essuyer les mains un peu collantes aux herbes folles du bord du chemin et, bien sûr, de ramasser le chapeau qu’on remet sur la tête.