Et justement, lors de la visite hebdomadaire à l’EHPAD, j’ai remarqué une dame qui vient d’arriver.
Je me suis approchée. Je lui ai dit bonjour et je me suis présentée.
Elle n’a pas répondu.
Une autre dame qui me connaît bien et est là depuis longtemps, elle-même installée dans un fauteuil, m’a signalé qu’elle ne parlait pas.
Elle ne bougeait pas non plus.
Je l’ai regardé.
Je lui ai souri.
Elle m’a regardé aussi. Elle n’a pas du tout évité mon regard. Bien au contraire : elle m’a regardé avec intensité.
Nous sommes restées là.
J’ai pris le temps de rester là.
Je ne sais pas combien de temps. Peu importe.
Quand je suis partie, je lui ai dit « au revoir » et j’ai ajouté « merci. A bientôt ».
Une des commissures de ses lèvres a bougé.
Un sourire ?
Un « au revoir » ?
Un « à bientôt ? »
Philosophie du Garde-Fou : Bonheur du jour
-
Du regard, encore
-
Poser son regard
En lisant l’évangile de mardi, je me suis arrêtée sur ces mots : « Jésus posa son regard sur eux ». (1)
Poser son regard.
Poser son regard sur ceux
qui sont là
celui ou celle qui passe.
En ce moment, je suis confrontée bien souvent à cette absence de regard que les uns ou les autres portent autant sur moi-même que sur d’autres. Il semble n’y avoir aucun moment d’arrêt dans leurs vies mais plutôt une succession de faire
des choses
vite
bien
mieux.
Et puis aussi ne pas poser son regard sur quelqu’un, c’est en quelque sorte nier son existence : ce qui n’est pas regardé n’existe pas.
Mais,
en s’arrêtant,
en posant son regard sur quelqu’un,
on peut aller au-devant d’une découverte.
Et ça, c’est beau, quand même,
le peut-être
le pourquoi pas
l’éventuellement
un horizon.
C’est sans doute prendre un risque, c’est vrai.
Le risque de la rencontre.
(1) Mt, 19, 23-30