Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

LIRE / Un poème pour la journée - Page 3

  • Un poème pour la journée. L'éternité.

    C'est un poème lu pour la première fois il y a longtemps. Bien souvent relu mais les cinq premiers vers ont toujours suffi pour revenir à ce qui est essentiel, la poésie et son messager, le poète. Que fait donc le poète si ce n'est être au-delà des mots, dans un temps suspendu, forcément éternel ? N'est-il pas en communion avec les mots dont il connaît tout, bien loin du langage des pauvres bavards que nous sommes ?
    Quand on a lu pour la première fois "Elle est retrouvée. Quoi ? L'Eternité.", c'est cette belle affirmation du premier vers qu'on a trouvé extraordinaire. Une certitude. Le poète, quand il cherche quelque chose, c'est l'éternité qu'il trouve, c'est le poème qu'il trouve.
    Puis, dans le deuxième vers, la question suivie d'une réponse, c'est si beau aussi : le poète n'est pas seul. Il ne peut pas l'être car c'est ainsi qu'il construit son œuvre. Il est comme la mer avec le soleil, toujours en dialogue avec le monde.
    Depuis, on tente d'être une âme sentinelle mais...

    L'Eternité

    Elle est retrouvée.
    Quoi ? - L'Eternité.
    C'est la mer allée
    avec le soleil.

    Ame sentinelle,
    ....



    Arthur Rimbaud, Derniers vers, 1872.

  • Un poème pour la journée. Le cimetière marin.

    I.

    Ce toit tranquille, où marchent des colombes
    Entre les pins palpite, entre les tombes ;
    Midi le juste y compose de feux
    La mer, la mer, toujours recommencée !
    O récompense après une pensée
    Qu’un long regard sur le calme des dieux !

    II.

    Quel pur travail de fins éclairs consume
    Maint diamant d’imperceptible écume,
    Et quelle paix semble se concevoir !
    Quand sur l’abîme un soleil se repose,
    Ouvrages purs d’une éternelle cause,
    Le Temps scintille et le Songe est savoir.


    Ce sont les deux premières strophes du Cimetière marin de Paul Valéry. Il y en a vingt-quatre au total. C’est bien aussi les longs poèmes. En les lisant, on a le temps de s’installer pour en profiter. On y plonge, on s’y enfouit et ensuite, on relève la tête et on regarde le monde qu’on voit alors autrement.
    Surtout celui-ci qui est si beau à évoquer tout ensemble à travers le prisme de ce cimetière surplombant la grande bleue et symbolisant l’éternité,
    la vie, « la vie est vaste » (strophe XII), « Le don de vivre a passé dans les fleurs » (strophe XV),
    le soleil brûlant de l’été, « Midi là-haut, Midi sans mouvement » (strophe XIII),
    et toujours toujours pour toujours
    le soleil, la mer, le vent, un livre de poésie.

    XXIV.

    Le vent se lève ! … il faut tenter de vivre !
    L’air immense ouvre et referme mon livre,
    La vague en poudre ose jaillir des rocs !
    Envolez-vous, pages tout éblouies !
    Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies
    Ce toit tranquille où picoraient des focs !