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l'antan - Page 2

  • L’antan : la première machine à laver le linge.

    Ici, dans la maison du vent, on a désormais un lave-linge de grande capacité pour pouvoir laver couettes et dessus-de-lit. On les étend ensuite sur un grand étendoir dont on peut varier la longueur. C’est pratique, a-t-on pensé. Surgit alors les souvenirs de l’antan quand laver le linge était un travail long jusqu’au jour où il y eut la première machine à laver. On a envie d’en parler ce jour car c’est une façon de se souvenir de celle qui n’est plus là, et de penser à toutes les femmes qui ont vécu une vie de labeur.
    Plusieurs jours par semaine, on avait une grande lessiveuse en zinc qui trônait sur la cuisinière à gaz. Quand cela bouillait longuement, c’était parce que c’était le jour du blanc. Ca sentait bon : c’était l’odeur du propre, disait-on. Assez tôt, on a appris à essorer les draps à deux, de part et d’autre, chacune tordant dans le sens opposé de l’autre. On lavait bien sûr aussi à la main, dans la bassine, avec un gros morceau de savon qui, une fois sec, était tout fendillé.
    Puis, un jour, arriva la machine à laver. On n’avait pas à spécifier qu’il s’agissait du linge. Son installation se fit dans une agitation joyeuse, autour de cafés puisque plusieurs voisines étaient venues voir. Mais elle attendit que tout le monde soit parti pour lancer sa première machine qu’on regarda comme un spectacle : quand on mit le programme en route et qu’on entendit l’eau couler ; quand la première eau de rinçage sortit du tuyau d’évacuation installé au-dessus de la baignoire sabot ; quand l’essorage avait duré si longtemps qu’on avait cru que la belle machine était bloquée ; quand elle ouvrit le capot, telle une boîte à trésor, pour sortir le linge et le vérifier : était-il si propre que cela ?
    Oui. Donc, on avait tout lavé ce qui était possible de laver ; le linge séchait un peu partout. Elle était heureuse. Elle dit : "C’est pratique, ça, vraiment c’est pratique, c’est vrai ; ça va m’économiser les mains et le dos, je crois bien. Mais pour mon petit linge, je continuerai à la main" (ce qu'elle fit jusqu'au moment où on prit le relais dans les derniers temps). Et elle disait souvent aussi, pour parler du lave-linge : "ma machine".


  • Les cyclamens.

    On s’est posé la question de savoir depuis quand on voit des petits cyclamens, tout mini, qu’on peut mettre à plusieurs dans une jardinière. De tout temps à jamais, jusqu’à il y a peu, donc, on n’avait de cyclamens que des plantes d’une taille respectable afin de pouvoir les poser au centre de la table, une fois les couverts débarrassés, la nappe secouée et pliée, et le napperon en dentelle remis. De même, les pots étaient en terre, tous de ce brun rouge qui pouvait laisser sur le bout des doigts une légère poussière. D’ailleurs, elle qui aima les cyclamens jusqu’au bout, rempota elle-même le plus longtemps possible tous ceux qui arrivèrent chez elle en pot de plastique. Puis elle demanda qu’on le fasse pour elle ; elle expliquait que le cyclamen a besoin d’eau et que dans le plastique, il est vite en manque d’humidité. Et oui, même les plantes il fallait les faire durer, comme on le faisait pour un vêtement ou un objet – quant aux meubles, n’en parlons pas, quand on en avait un, on le gardait pour toujours. Toutefois, elle se fit très bien aux petits cyclamens et cela lui faisait plaisir d’en avoir un dès qu’ils apparaissaient sur les étals des fleuristes. Mais il fut un autre point sur lequel elle ne changea pas : la couleur. Rien ne valait les cyclamens roses. Elle en eut des blancs magnifiques, des rouges somptueux, des fuchsias intenses. La remarque : « Ah, celui-là, il est vraiment beau », qui accompagnait l’arrivée d’un rose tendre dans sa cuisine, montrait que dans l’échelle des cyclamens, c’était bien celui-ci qui avait le prix d’excellence.
    On a gardé le dernier qu’elle eut tout près d’elle. L’an dernier, il fit au jour dit une seule fleur, rose comme l’était ses joues qu’on aimait embrasser. Cette année, il est là encore mais la fleur est en bouton. Elle prend son temps. Sans doute n’aime-t-elle pas, finalement, les anniversaires et montre-elle ainsi qu’elle fait comme elle veut, quand elle veut, si elle veut. Ah ! cette liberté….