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CUISINER / Dans la cuisine

  • Le pain dans le lait chaud.

    Dans toutes les familles, il y a des traditions pour certains dîners. Le dimanche soir, par exemple, on mange froid, ou les restes, ou des croque-monsieur… Quand on était enfant, il y avait une tradition dont on n’avait pas compris qu’elle revenait plutôt à la fin du mois, d’autant qu’elle était synonyme de fête : au lieu de dîner, on prenait un petit-déjeuner. Tout à coup, on décidait de boire un bon chocolat et on mangeait de belles tartines de pain beurrée. Le goût de ce déjeuner du soir était particulier et on disait qu’il était meilleur. Quand il n’y avait pas de chocolat, on avait la recette qu’on continue à préférer entre toutes : au fond du grand bol en faïence, mettre des gros morceaux de pain rassis et deux morceaux de sucre puis verser le lait chaud ; éventuellement, retenir la peau avec une cuillère.
    Cuillère après cuillère, on buvait d’abord le lait sur lequel on soufflait pour ne pas se brûler puis quand il n’y en avait presque plus, on arrivait au pain trempé et sucré, et on se régalait.
    On a fait cela l’autre soir. On avait besoin de se rappeler de l’antan. La vie était rude alors, et beaucoup de choses se sont améliorées. Mais il y avait plus de simplicité - on arrivait à se nourrir avec quelques produits de base. Et c’est bien, aussi, de se rappeler d’où on vient.

  • Les petits pois.

    En les voyant à La Criée, on n’a pu résister : des petits pois, les premiers. On en a pris pour refaire certains gestes disparus de celles désormais absentes, car il est bon de s’appuyer sur les bons moments vécus ensemble.
    Les premiers petits pois sont toujours parfaitement frais. Leurs cosses sont de ce vert petit pois, justement, qu’on reconnaît parmi tous les verts du printemps. Au regard aussi, on juge si la cosse est bien remplie car si les petits pois étaient trop petits, cela n’irait pas pour le plat à préparer. La bonne taille pour le petit pois, et bien, c’est la taille du petit pois – on se souvient bien de ce genre d’affirmations qui laissaient dubitatives l’enfant qu’on était mais, à l’époque, on ne prenait pas trop de gants avec les enfants à qui on disait souvent « c’est comme ça ».
    En rentrant, ranger rapidement les courses et se mettre au plus vite à écosser les petits pois en suivant les règles habituelles : étaler une feuille de journal sur laquelle on laissera les cosses vides, prendre le petit saladier dédié à l’écossage des petits pois pour y déposer les dits petits pois. Ne pas oublier d’avoir sur la table, pour que le souvenir soit entier, une toile cirée, à carreaux par exemple, ou avec un motif provençal jaune et lavande. Sortir le reste de laitue de la veille emballé dans un torchon humide et l’étaler sur la table, le beurre, et les petits lardons qu’on a fait couper le matin même par le boucher (on y est passé puisqu’il y avait les premiers petits pois chez le primeur) ainsi que des petits oignons pris dans la caisse où sont pêle-mêle oignons, aulx et échalotes. Eplucher les petits oignons. Dans la casserole, faire fondre une noix de beurre, rissoler les lardons et les petits oignons (prononcer ou-a-gnon) et quand ceux-ci ont pris la bonne couleur, verser les petits pois et les feuilles de laitue. Recouvrir, mais à peine, de bouillon de légumes (fait maison, évidemment). Saler et poivrer. Laisser cuire à peu près vingt minutes, à petit feu. Servir les petits pois sans omettre le bon jus qu’on n’hésitera pas à saucer avec du pain bien frais. On pourra aussi faire un vœu puisqu’on mange des petits pois pour la première fois de la saison.
    Elles auraient dit : "C'est un régal."