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Des draps, justement. Et aussi du minimalisme.

L’après-midi est brûlante. Les jardins sont tassés par la chaleur. En arrivant chez une amie âgée pour l’emmener faire une visite, on met la voiture à l’ombre de l’abricotier qui a bien donné cette année : on a vu dans le cellier tous les pots de confiture qui attendent (on sait qu’on en aura un prochainement).
On ouvre la porte après avoir toqué. « Coucou, c’est moi ! ». La maison est dans l’ombre : aérée de très bonne heure, fenêtres et volets ont été fermés pour garder la chiche fraîcheur capturée. Une voix dit : « Je suis là ! » On se dirige vers le fond du couloir, là où est la chambre. L’amie est là, en train de refaire son lit. « Ce matin, j’ai changé mes draps, je les ai lavés et comme ils étaient secs, je leur ai juste donnés un coup de fer et maintenant je les remets. J’aime bien, le soir, dormir dans les draps qui sentent le soleil. » On lui répond : « Moi aussi ! ». On l’aide à tendre le tissu, à faire gonfler les oreillers, à remettre le couvre-lit pour qu’il soit plié bien droit et bien dodu au pied du lit. Quand tout est bien en place, on va dans la cuisine l’attendre pendant qu’elle se change : pour rester à la maison, on met une blouse, mais pour sortir, non ; en blouse, on peut éventuellement aller chercher le pain ou relever le courrier, mais on ne s’en va pas loin avec. Sur une chaise, le sac est prêt. Sur la table, dans une assiette creuse, des morceaux de pain. Ce sont les restes de pain des déjeuners qu’elle prend avec son fils chaque midi ; ils sont gardés précieusement et ils seront mis, un soir, ce soir peut-être, dans une salade de tomates agrémentée d’un œuf dur, à moins qu’il ne reste autre chose comme une demi-tranche de jambon. Il y a toujours un ou deux œufs durs d’avance ; ils ont été cuits dans l’eau chaude des pâtes qu’on a gardée après les avoir égouttées. Les œufs frais y ont été posés et laissés tremper le temps du déjeuner : on ne va pas user du gaz pour des œufs durs.
L’amie est prête. Elle sent bon. Elle porte un corsage impeccablement repassé. « On peut y aller », dit-elle.
Avant de partir, on vérifie que tout est bien fermé. Une fois la porte fermée, elle glisse les clés dans leur porte-clé.

Commentaires

  • Cette émouvante page me fait penser, même si ce n'est pas exactement votre propos, à cette chanson d'Yves Duteil, "Les Gens Sans Importance" qui commence ainsi :
    "Ce sont des gens sans importance
    Avec des gestes quotidiens
    Qui font renaître l'espérance
    Et le bonheur entre leurs mains
    Ce sont des gens sans artifices
    Qui vous sourient quand ils sont bien"

  • joli tableau :-)
    (je souris aussi pour ce 'minimalisme' parce que je fais la même chose ;-))

  • Résumé d'une journée simple et douce, résumé de la vie,
    de la VRAIE vie !

  • Quel beau billet! Tout en douceurs et ombres; contraste si bienvenu face à l'agression écrasante du soleil + chaleur.
    Merci et bon week-end Bonheur.

  • C'était et c'est le temps où l'on vit le temps, où le temps prends son temps, et c'est tellement agréable à lire... tendresse, douceur pour des gestes simples mais qui remplissent la vie ... merci Bonheur du Jour de continuer de nous abreuver avec délicatesse de vos instants de bonheur qui prennent sens jusque chez nous..
    Merci..

  • .. où le temps prend son temps..... pardon...

  • Le souvenir des gestes et des odeurs de telles visites restent pour toujours dans le cœur et la mémoire . . .
    Bonne journée

  • Un délice que de lire ce gentil quotidien tout simple et si riche de petites choses issues de l'habitude, du plaisir de les faire... pour se faire plaisir!

  • On est dans les pages de Giono…
    Mais cette scène aurait pu se dérouler dans ma chère Bretagne, On aurait simplement garé la voiture sous un pommier. Je me souviens de la maison fraîche avec les volets mi-clos, car dans l'enfance, les étés sont toujours brûlants, même en Morbihan.
    Je retiens l'idée des œufs dans l'eau des pâtes !

  • Un vrai bonheur du jour... Je ressens la chaleur du drap bien repassé et l’odeur du vent emprisonné dans ses fibres.

  • En France, en Catalogne ces scènes me ressemblent autant, c'est le même pour mes grande-mère, et même, déjà pour ma mère...

  • De magnifiques moments en si bonne compagnie et hmmm dormir dans des draps qui sentent le soleil, quel bienfait!!! Bise, bonne journée dans la joie!

  • Un moment parfait décrit si justement. Tout y est : ce courage quotidien qui ne lui viendrait jamais à l’idée d’appeler ainsi et cette joie de vivre têtue qui s’appuie sur des principes devenus la vie même. Merci à toi et à elle pour ce cadeau.

  • En écho à ce texte ,les mots de Paul Bedel " Nous les sans bruit au monde"
    A découvrir peut être son livre d'entretiens " Nos vaches sont jolies parce qu'elles mangent des fleurs" et le beau film documentaire de Rémi Mauger : "Paul dans sa vie".
    On y retrouve la simplicité et la beauté des gestes du quotidien.

  • Un vrai bonheur que ce moment partagé, merci !
    Passez une douce journée.

  • Et c'est toujours un plaisir de venir lire tes lignes qui évoquent si bien les atmosphères, les parfums, les saveurs... Tous les petits bonheurs de la vie...
    Belle journée à toi
    Bises

  • C'est un très beau texte, une très belle histoire que tu nous contes ici.
    L'épisode de la blouse me fait penser à ma gentille grand mère. C'était exactement cela ! Merci à toi et à ton amie âgée pour ce délicat récit ! Je t'embrasse.

  • Quelle belle image d'un temps passé ... où l'on prenait le temps de faire les choses bien, et de les apprécier, toutes simples soient-elle !
    Se coucher dans des draps ensoleillés ... quel bonheur !
    Merci pour ces écrits qui nous donnent des images souvenirs ...

  • Le bonheur est dans ce quotidien respecté. Le chat rentre du dehors et vient sur mes genoux. Elle est si douce. Bises et bonne soirée.

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