Aller tranquillement jusqu’au quai prendre le bateau pour Toulon.
Sortir le ticket-carnet et reconnaître ne pas se souvenir combien de trajets il reste… Peu importe, on achètera un ticket à bord au matelot.
En admirant le Faron et tout au loin le Coudon, attendre la navette. Y monter quand elle arrive.
Un groupe de quatre personnes se précipite à bord.
- Ouf, j’ai bien cru qu’on allait le rater.
- Et c’est où qu’on achète les billets ?
- Je ne sais pas.
- On n’a pas de billets ? on va avoir une amende !
- Et c’est combien le billet ? Madame, est-ce que vous savez combien c’est le billet ?
Tout en continuant à s’affoler, les voilà qui se débarrassent de leurs sacs à dos, de leurs blousons, et se lèvent et changent de place.
- C’est dans quel sens la marche ? Parce que moi j’ai mal au cœur sinon.
Le bateau part et fend la rade en ligne droite. Pas plus vite qu’un autre jour ; pas moins vite.
Les quatre compagnons règlent leur billet au matelot qui le leur valide imperturbablement.
Puis, ils parlent de leurs résolutions pour la nouvelle année.
- Je vais me mettre au sport. C’est sûr. Je l’ai dit l’an dernier déjà, mais vraiment je n’ai pas pu. Cette année, c’est la bonne.
- Oui, moi aussi. Et le régime, j’ai commencé ce matin au petit déjeuner.
- Ca dure combien de temps, la traversée ?
- Le footing, y’a que ça de vrai.
- Mais on dit encore footing ? On dit pas jogging ?
- Mais non, running ! Il vous faut des chaussures, et des bonnes.
- Où c’est qu’il y a un magasin de sport, alors ?
La bateau accoste. Ils en sortent aussi précipitamment qu’ils y sont entrés.
Ah la la, quelle joie de ne prendre aucune résolution !
MOISSONNER / Bonheur du jour quotidien - Page 266
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Aucune
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Oui, non, peut-être.
Sur le calendrier, c’est la fin d’une année dont les jours furent bien difficiles à porter. Souvent, à cette date, on fait des bilans et on prend des résolutions. On s’attache à ce que ce soit de bonnes résolutions, d’ailleurs. Et comme on est comme tout le monde, c’est ce qu’on fait maintenant en traçant trois colonnes : oui, non, peut-être.
Oui. A la vie, la véritable, la pépite, celle qui nous évite de vivre à la surface de nous-mêmes, sans compter le temps qui reste, sans rien compter du tout. On a respiré, on a marché, on a visité, on a aimé, on a eu froid, on a eu chaud, on a ri, on a découvert, on a rencontré des gens, … sans se retourner.
Non. A l’aveuglement.
Peut-être. Peut-être publiera-t-on les Bonheurs du Jour 2015 ? Utile ? Inutile ? Peut-être continuera-t-on ce blog ? Utile ? Inutile ?
En fait, on aime bien ce qui est inutile à notre monde marchand…
A tous ceux qui passent ici, merci d’être là. Tous mes vœux de bonheur pour 2016 !