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L’antan : le café.

Alors qu’on est invité à dîner chez des amis et qu’on sait qu’ils boivent plus souvent maintenant du café décaféiné, on leur en apporte d’un fournisseur de qualité et on leur précise qu’il a été décaféiné à la vapeur. Le cadeau est apprécié et, en fin de repas, on le goûte pour le plaisir de chacun. Son goût est doux comme un biscuit qu’on y aurait trempé.
Mais le goût est riche de son histoire, et il rappelle, tout à trac, le café de l’antan.
Ce café était cher ; mais parce qu’on était très pauvre. C’était une denrée qu’on a cru longtemps être rare ; on l’utilisait avec parcimonie ; on l’achetait dans de gros paquets ; un gros paquet même, peut-être en début de mois. Même quand on se fut habitué au café moulu dans des paquets de 250 grammes, aux filtres et à la cafetière électrique, on continuait à dire que c’était bien cher, le café, et qu’il ne fallait pas le gâcher. On pouvait entendre cela : « Je viens de faire du café, il est tout frais. Tu en veux ? » Le café tout frais, c’était comme une fête. Quand il en restait, on le réchauffait dans la petite casserole en zinc dédiée à cet effet, celle dont le manche en bois roulait sur lui-même et qu’on prenait avec précaution, parfois avec un chiffon plié en huit pour ne pas se brûler en touchant le métal du bout du manche. Jeter le café qui restait pour en refaire d’autre, voilà ce qui était une hérésie ; laisser au fond de sa tasse quelques gorgées de café, voilà ce qui signalait combien on était désinvolte par rapport à la dureté de la vie. Le plus souvent, on faisait le café le matin pour que celui qui soit rentrait de l’usine soit y partait puisse se réconforter. Dans la journée, on buvait ce qui restait et quand il n’y en avait plus, et bien, on attendait.
Et, quand, chez les amis à qui on avait apporté le décaféiné, on s’était vu proposer à nouveau une tasse, on s’est encore étonné de ce que dans ce monde il semble qu’on puisse être approvisionné de tout, tout le temps.


Commentaires

  • ce café dont tu parles, je l'ai tellement bien connu, qu'aujourd'hui encore je le fais à l'ancienne, ... pour ne rien gaspiller dans ces temps reculé, on repassait sur le filtre, ce qui donnait pour les hommes qui descendaient à la mine ou qui partaient aux champs de quoi s'hydrater durant leur labeur ...
    Je ne jette pas mes fonds de café, j'en arrose mes plantes ... un très bon engrais qu'elles apprécient, je garde tous les marcs pour quand je plante petits pois et haricots, avec lesquels, je les recouvre avant de refermer le sillon, j'en entoure mes pieds de rosiers ... enfin bref dans le café tout est bon .... outre l'arôme !
    amitié et bonne tasse matinale !

  • entièrement d'accord avec vous! sur le café, le non gaspillage... et notre monde où tout semble en abondance et à portée de main, tout le temps (c'est une réflexion que je me suis encore faite hier, précisément :-))

  • Souvenirs... On le passait à la « chaussette » le café. Au debut, il était fort pour les hommes qui partaient au travail, puis on remettait de l’eau... et pour nous, les enfants, qui arrivions en dernier, il était bien clair et on buvait du « jus de chaussette ». Mais quelle bonne odeur se répandait tous les matins dans la maison.

  • Ces lignes me replongent dans mes souvenirs d'enfance, chez mon Papy et ma Mamie, non du Nord mais dans les Landes, et pourtant, la même ambiance. Je revois la cuisine, j'hume l'odeur, merci pour ce début de matinée tout en douceur et émotion ! Un heureux dimanche à vous.

  • Du bon café décaféiné, c'est rare. Cela fait plus souvent un estomac comme une balle.

    J'ai vu aussi mes parents faire des tas d'économies autour du café... filtres rincés et réutilisés, Marc de café servant à nettoyer. Même le trottoir... vite balayé mais j'étais dubitative...

    Mais les vrais magasins de café, cela embaume. Pendant longtemps je n'en ai pas bu. Puis je m'y suis mise pour rester éveillée au cours, pendant mes études supérieures... mais j'en bois relativement peu...

  • Notre société gaspille..Votre billet me rappelle l'enfance où rien ne se perdait..cela a bien changé !

  • La lecture de cet article m'a bien fait sourire ... j'ai bien revu le grand paquet de café, le fait de ne pas gâcher, le partage avec une voisine qui buvait une tasse tout en discutant, l'utilisation des restes, la réutilisation aussi ... bref, nous avons été nombreuses à connaître tout ça ... mais aussi à s'habituer à la nouvelle facilité et l'abondance ...
    Je n'aime pas le café, bois juste un "jus de chaussette" le midi ... mais les souvenirs sont bien là ...
    Bises

  • Que de souvenirs ton beau texte ramène à la surface Marie ! Ma grand mère aimait tenir du café au chaud mais faisait bien attention à ne pas le faire bouillir. Combien de fois l'ai-je entendue dire l'index levé " Café bouillu, café foutu " !
    Belle semaine à toi.

  • Ps : Le marc de café déposé au pied des buis éloignerait la pyrale (du buis) , la plante prenant l'odeur du café. Je suis en train de tester, à suivre....

  • Un café décaféiné à la vapeur .. il faut que je me renseigne. J'ai connu aussi ce café en gros paquet et utilisé jusqu'à la dernière goutte parce qu'il coûtait cher. Mais chez moi on n'en buvait pas toute la journée, seulement en fin de repas.

  • Que de souvenirs à la lecture de ton billet. J'ai souri, mais suis émue Marie !
    Merci à toi.
    Douce semaine.

  • Oh! l'odeur du café me rappelle de beaux souvenirs et les bonnes odeurs du matin dans la cuisine! Merci pour votre beau billet.

  • Que de souvenirs... le temps a changé, nous sommes devenus moins attentifs, hélas.
    Je continue à ne pas jeter le café qui reste...

  • «La France, ton café fout l'camp» disait Madame de Pompadour. Et aujourd'hui ?

  • Si joliment dit! Merci pour ce rappel que de nos jours, nous avons tellement, et à tout moment! Et contrairement à autrefois, nous n'apprécions plus grand chose, et surtout pas d'attendre ou d'être frustré... Est-ce qu'avoir plus nous rend plus heureux? Encore une belle journée Marie, et maintenant, je dois m'arrêter de feuilleter votre blog, sinon je ne vais plus m'arrêter!

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