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Au-delà ce qu’on a perdu.

A la demande de plusieurs d’entre vous qui m’ont adressé des messages particulièrement forts, ce texte, publié une première fois le 22 avril dernier, est republié ce matin.

Quand arrive une catastrophe dans une vie, on tombe, et c’est normal parce que c’est aussi dans le corps que les émotions se ressentent. Au moment d’un deuil, par exemple ou de l’une de ces morts quotidiennes que nous vivons tous, maladies, séparations, pertes d’emplois, injustices, on ressent comme un trou béant à l’intérieur de soi : tout s’est écroulé, pulvérisé par ce qui vient de se passer, ouvert aux quatre vents ; de même, l’espace autour de ce qui reste de notre corps est vide puisqu’il n’y a plus de main à tenir ni de joues à caresser ni même de voix à entendre ou de cadeau à faire, voire plus rien à faire, on se sent plus rien du tout. On est perdu dans un lieu obscur et on a beau tendre les bras devant soi, on n’arrive pas à toucher quoi que ce soit pour se repérer et on a beau ouvrir le plus grand possible les yeux, on ne voit rien que le noir.
Et puis, c’est la vie qui gagne, comme elle gagne toujours un jour ou l’autre. Le sang n’a pas cessé de circuler, ni le cœur de battre, ni la peau de ressentir et d’ailleurs, justement, on sent le vent à nouveau, on remarque qu’il est doux, presque chaud et même joueur avec quelques mèches de cheveux. C’est la mécanique de la vie. Il faudra du temps pour se relever car la catastrophe a rouillé et les membres et l’âme. Ce sera douloureux. On y arrivera. On y arrive. Toujours. Il faut persévérer. On persévère.
Après, on vit. Autrement. C’est une sorte de résurrection, diraient certains. On n’est plus le même. Rien n’est plus pareil. Certains lieux ou certaines choses n’ont plus le même goût ; peut-être même plus de goût. Mais il y a d’autres lieux, d’autres choses. Revient aussi ce qui a toujours été et sur lequel on s’est toujours appuyé : le risque de vivre pleinement qui, somme toute, est un magnifique paysage avec des creux et des bosses, des pleins et des vides, des déserts et des jungles, des petits chemins et de grandes avenues, des hivers rudes et des étés jouissifs, des plages de sable et de hautes falaises, des petits fossés où coassent des grenouilles et d’impressionnants abîmes vertigineux, des petits rus chantants et des torrents impétueux, des habitudes de toujours et de nouvelles façons de faire totalement imprévues, des arbres isolés au milieu d’un champ ou au bord d’un chemin et des grandes forêts merveilleuses où fleurissent des violettes, des rires et des larmes, des fleurs aussi et des fleurs et des fleurs dans les bois, dans des pots, dans des vases, Mozart qui ne fut jamais la proie du désespoir et Barbara et sa plus belle histoire d’amour et le temps qui ne se rattrape plus, et tous ces gens qui vont et viennent, ceux qu’on a connus, ceux qu’on connait, ceux qu’on connaîtra.
C’est le sens de la vie.
Regarder au-delà.
Au-delà de ce qu’on a perdu.

Commentaires

  • C est exactement cela après chaque descente dans le noir, peu à peu nous remontons et réapprenons à respirer, ressentir les caresses du soleil sur notre peau, à sourire puis a rire.
    On oublie pas, on vit avec.
    Merci pour ce beau texte.

  • Merci d'être venue le lire ici et d'avoir laissé un commentaire.
    Bonne journée.

  • S’il fallait illustrer les mots HUMAIN, COMPASSION ou
    PARTAGE, voici une page que je choisirais volontiers :
    oui, Marie, les duretés de la VIE peuvent aboutir
    à de nouveaux « bonheurs du jour », simples comme
    des violettes dans la forêt magnifique !

    Merci de tout cœur !

  • C'est une lutte contre soi-même tout contre les duretés de la vie que d'arriver à retrouver, un jour, un bonheur du jour après avoir vécu une terrible épreuve.
    Merci, chère Fiorenza.
    Bonne journée.

  • Merci pour ces mots si vrais.
    Il faut persévérer... la vie est encore là.
    Passe une douce journée.

  • Un mot clé, un mantra : persévérer.
    Merci; chère Quichottine. Ainsi que d'avoir commandé mes livres. Ton soutien me touche.
    Bonne journée.

  • La vie est parfois très dure, tes mots sont si justes, quand nos parents sont partis, avec mes soeurs, ont été orphelines, à 65 ans c'est un comble, et puis petit à petit les jours deviennent plus heureux.
    Très belle journée

  • Petit à petit : il faut laisser le temps passer. Dans notre monde, on n'oublie cela, que le temps doit passer.
    Bonne journée.

  • Que rajouter de plus. Tout est dit. Bien dit, si bien écrit.
    Je ne trouve pas les mots Marie. ... et parfois notre corps nous joue des tours parce qu'on l'a maltraité d'une certaine façon, trop fatigué, pas assez écouté.... et il se met à parler, à nous diminuer.... ne plus fonctionner de la même façon..... et le temps est passé vers d'autres choses à découvrir ou poursuivre autrement ... et comme écrit Angedra : "On oublie pas, on vit avec".
    Merci encore.
    C'est tellement beau chez toi.

  • Le corps parle. Même si on arrive à être dans l'acceptation des choses, les tourments sont parfois là, tapis quelque part. Persévérons dans le courage.
    Bonne journée.

  • Un message d’une intense profondeur, c’est précisément ces mots qui m’ont décidée à m’inscrire sur votre blog et à y participer de façon plus active, à chaque fois que je vous lisais, vos mots devenaient des paroles qui résonnaient en moi, et trouvaient leur place …. Ces réflexions font partie de mes « vibrations cardiaques « comme je les appelle….un souffle méditatif pour un « recentrage « en Soi. Vous avez des doigts de fée, Marie ,fleurs, animaux, écriture et cuisine…tout passe par la pleine attention que vous portez aux « petites choses « de la vie…Merci.

  • Je vous suis extrêmement reconnaissante pour ces mots si gentils. J'aime écrire mais j'aime encore plus partager et aider.
    Bonne journée.

  • Il se trouve qu'hier, j'ai entendu sur la route (et sur France- culture) une émission sur Cioran qui m'a amenée à douter tout de même de cet optimisme qui nous permettrait de rebondir en douceur, disons.
    La vie est un passage entre naissance (avant, le néant) et la mort. Un passage semé de jies certes, mêmes infimes, et d'épreuves parfois très dures. Il faut être lucide, car si on ne l'est pas, on est pris au dépourvu lorsqu'arrive le coup dur. La perte des illusions serait parfois nécessaire, préférable à une survie naïve et inconsciente.. Après le temps des coups durs, on apprécie d'autant mieux les joies simples. Mais juste vivre pour ces joies simples?
    Questionnements.

  • Anne, je suis d’accord avec vous…

  • C'est un questionnement, oui. Que Cioran a eu durant toute sa vie. En ce qui me concerne, je vis au plus simple et au plus anonyme tout simplement parce que la vie est là. Rien de plus grand que le tout petit.
    Merci pour ce beau commentaire.
    Bonne journée.

  • C'est très bien vu Marie, souvent je me dis que notre société devrait nous parler de la mort dès le plus jeune age, elle est inéluctable, nous pourrions ainsi l'apprivoiser "en douceur", mieux profiter du moment présent partagé... Lumineuse journée à toi. brigitte

  • Lumineuse idée, toute inspirée de Montaigne !

  • La mort de ceux qu'on aime, oui ; mais aussi ces petites morts quotidiennes qui jalonnent nos jours.
    Merci pour ce commentaire.
    Bonne journée.

  • le plus dur pour moi, ce n'est pas la mort en soi, elle est programmée (plus rien ne peut améliorer son état) mais elle peut prendre son temps (cinq ans selon les estimations médicales), alors que "lui" ne se doute de rien, il est heureux de vivre encore avec la délicatesse de ses infirmières qui soignent sa stomie trois fois par jour (quatre parfois) qu'il ne peut plus s'éloigner de sa maison, la vie d'accompagnant est horrible, s'attendre chaque jour à sa mort, veiller à ce qu'il ne souffre pas, et attendre ... je ne souhaite pas ma vie (et pourtant je fais ce que je peux) à mon pire ennemi (que je n'ai pas) !
    amitié Marie

  • bon courage à toi, je t' accompagne en pensées

  • Votre message me touche profondément, quoi vous dire pour essayer de vous faire voir un petit morceau de ciel bleu, juste vous envoyer des pensées positives. Mon Roc est parti tout heureux chez notre fils, ce fut son dernier bonheur et le mien aussi ... il y a quelques semaines. Je suis anesthésiée, il me reste les abeilles
    Je vous embrasse.

  • bon courage Claude
    de tout coeur
    à vous 2 avec moins de souffrances surtout

  • En communion de pensées avec vous qui nous aidez
    par votre courage !

  • et bon courage namaste aussi

  • La vie des aidants est cruelle, je le sais. Mais elle est vie aussi.
    Je pense à toi, tu le sais.
    A bientôt.

  • j' ai déjà fait lire ce beau texte à plusieurs personnes, et ce n' est pas fini... Merci, Marie

  • Merci beaucoup, chère Irène, pour ton soutien.
    J'espère que tout va bien.
    Bonne journée.

  • Tes mots sont si beaux et si vrais que dire de plus, on est tous passés par là, lors d'un drame familial, la perte d'un être cher, d'un parent, d'un ami, et la maladie aussi...il faut tenir coûte que coûte on ne compte plus le temps qu'on a passé à soigner, à entourer, à écouter et puis ensuite c'est le vide sidéral, on se retrouvé hébété, sans idées, sans projets...mais il faut garder espoir et s'ouvrir à de nouvelles joies, même si on est différent, c'est dans les souffrances que l'on grandit, elles nous apprennent à voir la vie autrement et à s'attacher à ce qui est réellement important. Bonne journée Marie

  • Ah la la, comme c'est vrai tout cela ! Ce "vide sidéral"... Il faut poursuivre, pourtant. Et nous pouvons y arriver.
    Merci pour ce commentaire.
    Bonne journée.

  • Mais comment faire autrement ? En ce qui me concerne, je ne sais pas.
    Bonne journée.

  • Chère Marie, ces mots me touchent si profondément et je te remercie de l'avoir republié.
    Merci de mettre des mots là où je m'en sens totalement incapable. Merci d'être ce porte-parole...
    Je t'embrasse et souhaite une paisible journée.

  • Comme je suis touchée par ton commentaire ! Ah ! oui ! Si je pouvais être la porte-parole de la vie !
    Bonne journée.

  • Ton texte est admirable, c'est vrai que chaque fois que l'on tombe, la vie semble s'arrêter, mais heureusement qu'elle a une grande gomme et doucement avec elle érode les chagrins et les peines, autrement elle ne serait plus possible si nous devions traîner tous cela tout du long !
    Bonne journée

  • Merci. Mais nous gardons en nous ces fardeaux qui ont été les nôtres. Sous forme de cicatrices, par exemple.
    Bonne journée.

  • Merci de nous donner à relire ce texte magnifique ! A sa première parution, il m'avait tant frappée que je l'ai enregistré, puis lu autour de moi à des personnes dans l'affliction, et cela les a autant frappées que moi de joie et d'admiration. Non seulement tu sais ce dont tu parles, mais encore tu sais l'exprimer... (sur les blogs je reviens au tutoiement... belle journée, Marie !)

  • Merci pour ce soutien. Je suis heureuse de savoir que mes mots peuvent aider.
    Bonne journée.

  • J'ai relu votre texte avec autant d'émotions que lors de sa première parution.... Vous savez si bien dire les "choses de la Vie", le deuil en faisant partie....
    Je vous lis avec toujours autant de bonheur.... Merci......

  • Merci. Vous avez été plusieurs à demander la republication de ce texte. Si besoin, je le republierai à nouveau dans quelques temps.
    Bonne journée.

  • Mais nous sommes nombreux, ici, à partager l'humanité ! Vous.
    Bonne journée.

  • Merci pour ce commentaire.
    Bonne journée, cher Daniel.

  • C'est moi qui vous dis merci.
    Bonne journée.

  • Ce soir mon petit fils de 5 ans pleurait et criait voulant sa maman et voulant dormir chez.lui. Aucun mot ne le consolait. Alors je lui ai dit continue de pleurer et un long moment après il s'est écroulé, endormi. Arrivés à la maison, nous l'avons laissé dormir dans la voiture. Un bon moment après, il s'est réveillé et s'est mis à table... Il n'a pas oublié sa peine mais le sommeil l'a consolé.
    Oui le temps, la vie nous fait dépasser nos peines . Bises

  • Le temps est important. Dans notre monde, on l'oublie car on vit à toute vitesse.
    Bonne journée.

  • Merci beaucoup.
    Bonne journée.

  • Des mots justes qui nous aident à prendre conscience et nous donnent espoir en des lendemains apaisés, plus calmes mais où le souvenir sera bel et bien toujours présents. Les mots (en l'occurence les tiens aujourd'hui) viennent au secours de maux. Amicalement

  • Mots et maux. Merci, chère Chinou, pour ce gentil commentaire.
    Bonne journée.

  • Le voilà, donc. Je le republierai encore dans quelques temps.
    Merci pour tous les commentaires, chère Giovinetta !
    Bon week end.

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