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  • Sur le bureau de Patti Smith.

    Glaneurs de rêves est un des livres emmenés pour passer la journée. Beaucoup de délicatesse dans ces pages douces et quelques illustrations qu’on a bien le temps de regarder en laissant ensuite l’esprit vagabonder.
    On s’arrête sur la description du dessus du bureau de l’auteur, Patti Smith car on aime voir les bureaux des écrivains, comme on aime d’ailleurs aussi lire leurs correspondances :

    « Au-dessus de mon bureau est accroché un portrait de petite taille – du XV° siècle flamand. Il ne manque jamais, quand j’y pose les yeux, de me faire sursauter, sursaut suivi d’une étrange bouffée de chaleur, d’une reconnaissance. Peut-être est-ce la sérénité de l’expression, ou peut-être sa coiffe – un tissu fragile qui encadre le visage comme les ailes d’un énorme phalène diaphane. »

    On reconnait ce portrait, familier des livres de peintures flamandes, même si sur l’instant on ne peut nommer son auteur. C'est une jeune femme ; sa taille est fermée par une large ceinture ; les cheveux sont sous une coiffe recouverte de gaze blanche, soigneusement fixée par des épingles dorées qui créent aussi des plis délicats. Ses mains sont jointes, l’une sur l’autre, une bague pour chacune et les doigts se crispent ; elle ne semble pourtant pas avoir froid ; plutôt réfléchir. Elle a encore les yeux baissés mais on peut imaginer qu’elle est prête, une fois sa décision prise, à s’élancer d’un pas léger qui fera voleter les pans de sa coiffe blanche.
    C’est peut-être à cette reconnaissance-là que Patti Smith fait allusion : quand une femme est songeuse, avant d’agir.
    Et, comme maintenant on peut en plus d’un petit livre en papier emporter avec soi aussi des bibliothèques, on peut retrouver l’identité du tableau : c’est un portrait de femme, de Rogier Van Der Weyden, qui date de 1460. On se souvenait du rouge de la ceinture, du noir du vêtement, du rosé de la peau.

  • Poètes.

    La rue est pluvieuse avec de chaque côté des rigoles joyeuses. La maison est là, dont les volets annoncent les teintes de la chambre. On s’y pose pour un temps et on demande à avoir près de soi sur le boutis les livres de Philippe Jaccottet. Ils sont là, dit-on, d’un geste de la main. Là.
    On construit contre soi une digue avec Autres journées, Les notes du ravin, Et, néanmoins, Après beaucoup d’années, Paysages avec figures absentes, A la lumière d’hiver, Poésie, Taches de soleil, ou d’ombre, La semaison.
    C’est le milieu de l’après-midi, un hiver, un jour de pluie. Le jour baisse sous la mansarde. On allume les lampes reçues à Noël et on ouvre Autres journées, là où un bout de papier jaune dépasse :

    « A trois heures de l’après-midi, on n’y voit presque plus. La pluie drue tombe des nuages gris au-dessus desquels ne filtre plus qu’une lumière jaunâtre. Sous un toit trop bas, on respire mal. Il faut presque sans cesse recoudre un tissu (la vie, la nôtre) qui s’use, s’effiloche. Ne pas perdre patience néanmoins – nous ne pouvons guère faire plus que ravauder. Les vêtements de gala ne sont pas pour nous, à moins de nous déguiser. »

    Après, on relit ce passage de Taches de soleil ou d’ombre, lui aussi marqué d’un post-it jaune, une citation de Socrate à Criton :
    « Sache bien en effet, excellent Criton, qu’un langage impropre n’est pas seulement défectueux en soi, mais qu’il fait encore du mal aux âmes. »

    Ah, bienheureux poètes qui font du bien aux âmes !