Marcher. Pouvoir marcher ! Pouvoir faire un pas après l’autre !
Hier, marcher sous la pluie en allant vers le Mai, l’amer du bout de la corniche et de la plage dont les courbes vont et viennent,
grises,
apparaissant,
grises,
disparaissant sous la brume,
grise,
tout ceci au gré des étirements des nuages,
gris.
La mer aussi est grise.
Mais pas mon cœur.
Marcher. Pouvoir marcher ! Pouvoir être dehors sans avoir eu de craintes (mais il pleut, mais il fait gris, mais on sera trempé) et, en cadeau au retour, voir apparaître au bout du chemin du Manteau,
la première glycine en fleurs du printemps.
marcher
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Marcher
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La poésie comme racine
Quelques jours à marcher
sous la pluie
sous le vent
sous le soleil
en silence
en mettant chaque matin dans le petit sac à dos
un recueil de poésie pour lire
un carnet pour écrire
en s’arrêtant
pour lire
pour écrire.
Ainsi, ce matin, en partage avec vous, ce poème de Reiner Kunze (1) :
Chemins sensibles
Sensible
est la terre au-dessus des sources : aucun arbre ne doit
être abattu, aucune racine
arrachée
Les sources pourraient
tarir
Combien d’arbres sont
abattus, combien de racines
arrachées
en nous
(1) Rainer Kunze, Chemins sensibles, in Un jour sur cette terre, traduit de l’allemand par Mireille Gansel, Préface d’Emmanuel Terry, Coll. D’une voix l’autre, Editions Cheyne, 2011, p. 25