Il y a des années et des années, on avait recopié quelques vers d’Yves Bonnefoy, sur un bout de papier qu’on a toujours gardé, sans le ranger ; le posant sur le bureau, le glissant dans un livre, le fixant à un rebord d’étagère, le faisant aller de maison en maison.
Ils seront cités dans un livre à venir mais comme il est d’usage d’indiquer correctement les références, il faut chercher.
« Mais ces chênes là-bas sont immobiles,
Même leur ombre ne bouge pas, dans la lumière,
Ce sont les rives du temps qui coule ici où nous sommes,
Et leur sol est inabordable, tant est rapide
Le courant de l’espoir gros comme la mort ».
On en parle à une bibliothécaire et on lui demande de consulter tous les livres d’Yves Bonnefoy.
Et, elle, tout de suite, elle trouve où se cachaient ces vers tant aimés : dans le recueil Ce qui fut sans lumière. Elle apporte le livre, édité en 1987. « Le voilà », dit-elle, le visage lumineux de montrer le trésor. Elle l’ouvre à la bonne page et on peut alors relire l’intégralité du poème qu’elle propose de photocopier.
Après, on parle livres, poésie, elle regarde le manuscrit qu’on a apporté, ainsi que les livres déjà édités, Avec la vieille dame et Nous.
Et puis en sortant, on parle aussi de la belle lumière de février.
C’était une belle rencontre au magasin Lagoubran.
Bonheur du jour - Page 265
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L’espoir gros comme la mort, Yves Bonnefoy, ce qui fut sans lumière, magasin Lagoubran, bibliothécaire.
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Les pétales de l’amandier.
Sur la route qui redescend du Sanctuaire, c’est d’ailleurs plus un chemin qu’une route car deux voitures ne peuvent s’y croiser, admirer l’amandier qui, juste à cette courbe, étire ses branches avec joie pour que ses fleurs nouvellement nées ce printemps fassent connaissance avec le monde.
Certaines d’entre elles sont largement ouvertes bien qu’un pétale ou deux soient encore fripés d’être restés tout repliés le temps de la gestation de la fleur ; il y avait eu d’abord, on l’avait regardé, ce léger renflement sur la branche, puis cette rondeur qui avait pointé, puis ce bouton rose et de plus en plus blanc et de plus en plus rond qui s’était enfin déployé.
Comme ils semblent fragiles, ces pétales froissés que le vent de ce jour vient parfois frapper d’une bourrasque inattendue.
Avaient-ils été prévenus qu’il y aurait ces bourrasques durant leur vie de fleurs ? C’est fort possible, mais comment ?
On le sait pourtant car, on le voit chaque année, ce sera plus tard que les pétales s’envoleront dans le vent.
Peut-être quand l’amande sera certaine, ou alors quand les fleurs se lasseront de leurs branches ?