Hier matin, on aurait vraiment pu dire que l’aube était en train de naître car elle avait revêtu les couleurs qu’on dédie aux naissances : blanc cotonneux, rose et bleu layettes et un peu de ce jaune qu’aimait tant le peintre Turner. Le jour pointait par vaguelettes entre les bordures colorées de nuages en forme de pompons bien alignés. C’était l’heure ; il fallait bien se réveiller ! Alors tout ce petit monde, en prenant tout son temps, s’étira, s’ébroua : les nuages peu à peu s’effilochèrent et partirent à petits pas de l’autre côté de la colline au cas où il y resterait encore un peu d’aube à décorer et le ciel bleu, prenant sa place du jour, s’installa en attendant le soleil lumineux. Celui-ci ne tarda pas à sortir de son bain de mer, là-bas, au bout de l’horizon. Il était jaune. Matisse disait qu’on n’avait jamais assez de jaune.
Bonheur du jour - Page 286
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Ciel, aube, rose et bleu layettes, Turner, Matisse.
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Ne plus être encombré par le paraître.
Au fur et à mesure qu’on avance dans la vie, mieux comprendre ce qu’est le dépouillement qui consiste d’abord à ne plus être encombré par le paraître. Il y a des décennies de cela, on l’avait supposé quand on était venu pour la première fois à Assise. A chaque visite, plus de netteté dans la tête à ce sujet mais c’est toujours au retour et même plusieurs mois après que les choses se précisent. Parce que pour cela aussi, il faut du temps.