Faire une tarte aux pommes sans sucre mais avec beaucoup de vanille
Préparer une jolie table en sortant les porte-couteaux et les petites cuillères en argent
Partager le repas, partager la conversation, écouter les uns et les autres
Penser à ceux qui ne sont pas là ; penser à ceux qui n’ont pas de chez eux
Admirer les tulipes, les anémones, les narcisses et puis maintenant les jonquilles
Parler bulbes de tulipes et de muscaris
Evoquer les crocus et les violettes dans les bois
Marcher bras dessus bras dessous le long de la mer en s’émerveillant du ciel
S’asseoir dans la salle de concert
Attendre patiemment en parlant encore parfois mais déjà à voix basse
Ecouter du Chopin, du Debussy, du Rachmaninov
Regarder les mains du pianiste
Applaudir de joie
Au retour, bras dessus bras dessous, rester en silence
En rentrant dans la maison, percevoir ce doux parfum de la vanille resté en suspens
Rendre grâce
Bonheur du jour - Page 84
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Petites choses, petits riens d’un dimanche.
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Flannery O’Connor : une nouvelle par jour - Fleurs du jour
Flannery O’Connor : Une nouvelle par jour de cette auteure exceptionnelle dont les textes sont d’une grande intensité. Elle a peu écrit car elle a eu peu de temps en raison d’une grave maladie qui a fini par l’emporter et c’est certainement aussi pour cela que ses histoires sont si profondes – je pense en particulier à cette nouvelle écrite à la fin de sa vie, « Révélation ».
Elle disait, dans une lettre : « Vous avez tort de croire que je sais depuis longtemps qu’on n’accomplit rien en s’en tenant à la surface des choses. Comme tout le monde, j’ai dû apprendre cela peu à peu et à la dure (… ) Je n’ai jamais visité d’autres pays que celui de la maladie et dans un sens, c’est une expédition qui vous enrichit davantage qu’un long voyage en Europe. » (1) Elle a conservé son sens de l’humour jusqu’à la fin.
Fleurs du jour : Tulipes blanches ; primevères jaunes ; anémones violettes, rouges et blanches.
(1) Flannery O’Connor : L’Habitude d’être, Ed. NRF Gallimard, 2003, p. 132, Lettre à « A » du 28 juin 1956, traduction de Gabrielle Rolin.