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philippe jaccottet

  • Se lover dans la fraîcheur de l'herbe.

    On savait que La fraîcheur de l’herbe, d’Alain Corbin, serait une belle lecture. C’est pour cela qu’on avait pris ce livre puisqu’on avait salle d’attente. Mais c’est bien mieux. Les toutes premières pages citent Thoreau, Emerson, Jaccottet, Bonnefoy, Giono, Ponge, Ronsard, Virgile, Gracq, Char, Whitman…. Et Flaubert, et Hugo, et Dürer…On est en pays connu ! On ajuste bien son dos au dossier de la chaise en plastique, et on se love dans le livre.

  • Gourmandise de mots : la fétuque.

    Philippe Jaccottet, dans Autres journées, rappelle que la fétuque est parmi les plus fines graminées.
    Les graminées, on en voit partout. Mais les regarde-t-on ? Les connait-on ? Les aime-t-on ?
    Déjà, on a habitué son œil à la mélique penchée. La ligne de Philippe Jaccottet sur la fétuque la rend encore plus attachante. C’est pourquoi, après avoir marqué la page, aller sur des chemins qu’on connait pour en proposer à foison s'impose.
    De tout temps à jamais, on a connu la fétuque. Dans l’insouciance de l’enfance, on attrapait les tiges en passant et on tirait sur la tige pour en retirer toutes les inflorescences, qu’on jetait négligemment ensuite. Ou on les cueillait, et on les mâchouillait.
    En partant sur les chemins de la botanique, voilà qu’on découvre qu’il n’y a pas qu’une fétuque, mais plusieurs : la bleue, la glauque, l’élevée, la rouge et, ouf, celle qu’on a toujours connue : la fétuque des prés.
    Les mots vont s’aligner sur le petit carnet, et la recette sera riche : sétacée, scabre, glume, glumelle, mutique, scarieuse, mucronée, talle, … Oh, quelle jubilation de consulter les dictionnaires, d’aller et venir dans des livres ou sur des sites de botanique !
    La fétuque glauque fait naître un questionnement : comment cette si jolie graminée légère, associée au printemps, à l’été, aux talus des sentiers champêtres, peut-elle être glauque ? En fait, glauque, cela veut dire bleu. Ou vert. Enfin, vert-bleu. Ou bleu-vert. En grec, glaukos signifie « vert-bleu », comme l’indique le Dictionnaire étymologique du français, Les usuels du Robert, nouvelle édition de 1991. Le Dictionnaire du français primordial, Le Robert, édition 1971, (utilisé en son temps par un petit garçon devenu grand mais dont le prénom est toujours écrit d’une écriture enfantine sur la première page) précise : « Glauque : d’un vert qui rappelle l’eau de mer. V. Verdâtre. Lumière glauque. » Une lumière glauque, c’est triste. Et la fétuque ne l’est pas.
    Quand le bleu devient-il vert ? quand le vert devient-il bleu ?
    Vert verdâtre, donc, ou glauque. Mais aussi pâle, clair, foncé, printemps, menthe, émeraude, Véronèse, bouteille, jade, tilleul, céladon, pré, épinard, pomme, pistache, et même gris. D’ailleurs, le gris-bleu…..