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cade

  • Dans la colline.

    Aller dans la colline, c’est quitter les habitations et la route goudronnée pour prendre un sentier bien souvent sinueux et irrémédiablement pierreux. C’est rencontrer des arbres. Beaucoup de chênes pubescents dont les feuilles tombent et fanent, des chênes verts dont les feuilles ne sont ni lobées ni jaunes, et des chênes kermès dont les dernières pluies ont avivé les épines ; des cades chevelus aux reflets bleus déjà alourdis par leurs nombreux fruits, petites boules vertes, mais bientôt noires ; des pistachiers térébinthes aux belles petites feuilles jaunes et rouges ; des arbousiers dont les fruits n’ont pas encore pris leur teinte de Noël. C’est rencontrer des pierres, de celles que le pied évite ou d’autres qu’on appelle rochers. C’est déboucher sur des clairières tapissées d’un thym si odorant qu’on en prend quelques brins pour la tisane du soir. C’est recevoir la pluie dont les gouttelettes éparses abreuvent le sillon du chemin creux puis, quand le mistral émet ses premiers souffles pour prévenir les nuages qu’il est temps de faire toute la place au bleu du ciel, recevoir une pluie de feuilles virevoltantes, quasi-joyeuses dont certaines, joueuses aussi, viennent se coller sur le bout du nez. Ce n’est pas grave qu’il fasse alors plus froid et que les doigts s’engourdissent un peu à la cueillette des pissacans, des coulemelles voire des girolles : il fait un grand soleil et on va et vient entre les taches de lumière et d’ombre. Puis, debout au milieu de la forêt, on se souvient de quelques passages de Pagnol évoquant l’automne en Provence dans Le château de ma mère.

  • Moissons multiples.

    Le matin, le temps est impeccable. Il fait bon et la brise allège la chaleur. Les agapanthes et les feuilles se balancent. Une rose va éclore. Demain, sans doute.
    Un bébé, assis sur sa couverture, a lancé tous ses jouets loin de lui ; il se penche, remue bras et jambes, lance des petits cris ; son instinct lui indique qu’il pourrait aller les rattraper ; il ne sait pas encore comment faire, mais il y arrivera. Demain, certainement.
    H. est sortie de l’hôpital. Elle profite de la lumière qui inonde la pièce, allongée sur son lit qui trône au milieu de la pièce et a dit qu’elle mangerait volontiers un peu de cade tiède. Demain, on lui en prendra au marché.
    Poster quelques lettres pour faire des signes à ceux qui sont loin mais qui comptent tant. Elles arriveront après-demain et on aura des réponses dans quelques jours.
    Prendre un billet d’avion pour aller quelques jours là où on était enfant. On reprendra l’habitude de dire chocolatine au lieu de pain au chocolat.
    Passer tout un après-midi avec des amis qui vont bientôt partir en Italie, pour les aider à faire un petit circuit dans des lieux qu’on connait bien : Cervo, Camogli, Portofino, San Frutuoso, Monterroso al Mare, Riomagiorre, Vernazza. Ils partiront au cœur de l’été, et, promis, enverront cartes et photos.
    Prendre une décision importante pour avoir plus de temps bientôt.
    Commander à la librairie Charlemagne les œuvres de Tranströmer. On les aura dans quelques jours.