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Contemplation/dégustation.

En descendant le chemin au bout duquel il y a la mer, un figuier embaume. On s’arrête. A la saison des figues, il est d’usage de s’arrêter devant chaque figuier croisé durant la promenade. Peut-être y en a-t-il qu’on pourrait marauder ? Celle-ci, peut-être ? On devrait pouvoir y arriver : elle n’est ni très haute, ni très loin. Il s’agit alors d’attraper une feuille et de la tirer à soi, puis d’attraper le rameau feuillu et de tirer encore, mais tout ceci très légèrement afin d’attraper la branche qui suit d’un même mouvement et, en se haussant sur la pointe des pieds et en levant bien haut le bras on peut enfin l’attraper. Délicatement, et en faisant fi du chapeau de paille qui tombe à terre, on la détache mais on ne relâche pas du tout brusquement les branches : on repart en arrière comme si on avait grimpé sur une corde et qu’on en redescendait, tout en sentant dans la paume la chaleur du fruit. Ensuite, on ouvre la main et on regarde la figue. Elle est belle, toute dodue. Elle luit. C’est une fleur, en fait. Comme on l’a appris tout enfant, on l’ouvre en deux en partant du pédoncule jusqu’à l’ostiole au cas où il y aurait une petite bête à l’intérieur. Le spectacle est superbe : des petites billes d’or pur, nichées dans une chair pourpre, s’illuminent sous le soleil du solstice. On mord dedans, le jus s’écoule sur les doigts. C’est du sucre. On pose la peau dans l’herbe et alors qu’on va partir, la tentation est trop forte de recommencer car il y a une autre figue presque tout à côté de celle qu’on vient de déguster. Elle est irrésistible. On recommence : tirer sur la feuille, doucement, sur le rameau, tout doux, sur la branche, attention à ne rien brusquer, se mettre sur la pointe des pieds (on n’a pas pris le temps de ramasser le chapeau qui a roulé à quelques pas), tendre le bras, tirer encore un peu mais tout doucement, et attraper l’autre figue dodue, violette, charnue, luisante ; puis en la calant dans la paume relâcher la branche mais en retenant bien le rameau, puis relâcher le rameau tout en retenant bien la feuille, puis laisser la feuille reprendre de la hauteur, redescendre de la pointe des pieds et admirer la figue. Et se régaler sans passer une seule étape du rituel de la dégustation d’une figue maraudée en chemin. En partant, dire merci, un grand merci, avant de s’essuyer les mains un peu collantes aux herbes folles du bord du chemin et, bien sûr, de ramasser le chapeau qu’on remet sur la tête.

Commentaires

  • J'ai 5 figuiers chez moi (que je devrais tailler) et j'adore les dévorer fraîches, sur l'arbre ou marinées à la mozarelle; chez moi, ce sera courant août!!! Quand j'en serai gavée, les amies viendront en cueillir.....Maraudeuse!

  • J'ai toujours trouvé que celles que je maraude (pas tous les jours, et une ou deux seulement) ont toujours plus de goûts que celles que je peux trouver au marché.... Et je n'arrive pas à me lasser de ces fruits exceptionnels.

  • Scène digne de Colette, Giono ou Pagnol !
    "Décrochage" délicat en pays méditerranéen !

    Je me souviens d'une cueillette dans un champ de figuiers
    du côté d'Hyères, le goût des fruits reste encore si vif :
    c'était le goût de l'or !
    Merci à Elisabeth et Bruno, nos hôtes généreux !

  • Je suis vraiment très touchée par l'évocation de Colette, Pagnol et Giono.... Impressionnée aussi. Merci ! Je continuerai à marauder, oui, mais jamais dans un champ de figues... sauf si j'avais comme vous une autorisation exceptionnelle, ce qui serait renversant !

  • Oh, tu me fais envie, nous en avions un splendide derrière la maison et puis un jour il a rendu l'âme, ce fut une grande tristesse parce qu'en plus de ses fruits sublimes, il nous apportait son ombre délicieuse l'été... ainsi va la vie ! Bonne maraude Marie et douce journée estivale. brigitte

  • Quel dommage pour cet arbre ! C'est vrai qu'en plus des fruits, l'ombre du figuier est belle ! Mais pourquoi ne pas en replanter un ?

  • Nous en avons planté un l'an dernier. Il est encore tout petit. J'espère un jour prendre autant de précautions que vous pour cueillir les figues.

  • Je vous le souhaite pour vivre ce beau moment de dégustation et de contemplation. Je ne sais pas au bout de combien d'années un figuier peut offrir des figues.

  • Je sais où trouver des figuiers dans ma ville, accessibles en plus, mais je n'oserais jamais même si l'envie est bien présente ; je dois avouer, en toute simplicité, que ton billet m'a fait saliver.
    J'ai aimé ta façon si réaliste de décrire ... une figue fraîchement cueillie est si bonne : mmmh !
    Gros bisous, chère Marie, et bonne fin de soirée.

  • N'hésite pas ! C'est tellement agréable; Et puis une figue... ou une cerise, ou un abricot, ou une asperge dans le bois, ou un champignon dans la forêt...

  • Quel merveilleux instant ce moment où l'on ouvre une figue bien mûre et que l'on s'en régale. J'adore cette façon que tu as de raconter cette cueillette.
    Très belle journée

  • Merci pour ce gentil compliment. Je ne peux pas résister aux figues dans leur bel arbre...

  • Comme un trésor, oui.

  • Cela ne m'est jamais arrivé... Et qui ne maraude pas une figue de temps en temps si on arrive à en attraper une ? C'est tellement irrésistible !

  • Le mien a deux ans et quelques figues apparaissent cette année. Si je peux les déguster avant les oiseaux, je penserais à vous et votre charmant billet.

  • Les oiseaux sont effectivement de grands gourmands de figues et je les comprends d'en raffoler autant. Peut-être pouvez-vous trouver un arrangement avec eux ? Pour eux, les figues les plus hautes, pour vous, celles d'en bas ?

  • J'aime la chaleur du fruit dans la main. La première fois que j'ai mangé une figue, j'avais de l'appréhension et de la curiosité. C'était dans les Cévennes et j'avais 45/50 ans. Je ne les connaissais pas. Un délice !
    Ici j'attrape les cerises des bords de trottoirs pas tout à fait mûres, les choisissant bien.
    Un joli moment que tu nous partages. Bises

  • Merci. Par ici, quasiment pas de cerises cette année, hélas.

  • Ce que je ressens en vous lisant chère Bonheur du jour c'est bien sûr ce que vous nous contez mais c'est aussi ce que je peux me représenter; le temps et le soin que vous avez pris d'écrire. Du temps suspendu, au-delà de tout, et lorsque nous vous lisons, c'est aussi un peu dans un temps comme celui-là que nous sommes pendant quelques instants.
    Alors je vous remercie de nous permettre cela presque chaque jour, c'est un grand plaisir, réconfort, qui donne confiance en la vie, et dans un monde préservé d'arbres, de fruits, de fleurs, de beauté.

  • Je suis touchée par votre commentaire. Mais c'est moi qui vous remercie de venir me lire. Ecrire, c'est toute ma vie.
    A très vite j'espère !

  • On croirait entendre les cigales chanter dans ce récit de cueillette de figues !
    Belle journée devant la mer

  • Merci ! Elles chantent oui, beaucoup, chaque jour et c'est un réel plaisir de les entendre.
    Bonne journée.

  • Oh Marie ! avec ta description j'en salive d'envie .....
    J'adore la figue et tes paroles disant comment marauder ces fruits je connais.
    Tu habites plus au Sud, chez-toi les figues les premières sont là. Tu entends les cigales et la mer n'est pas loin.
    Nous avons deux figuiers mais il nous faut attendre la fin de l'été pour en manger ...... et j'attends toujours le "crincrin" des cigales. Bonne fin de journée

  • Merci ! Je suis contente alors d'avoir bien réussi à décrire cette dégustation ! Il y a un net décalage, oui, entre nos deux régions. Les cigales n'ont pas encore commencé à chanter ce matin. Comme il est fait un peu frais, elles peuvent faire la grasse matinée.

  • il est encore un peu tôt chez moi pour recueillir les figues, je me contente encore des fraises qui s'offrent à mes papilles ... comme elle est généreuse cette saison, comme toi, dotée de douceur !
    amitié .

  • C'est vrai que c'est une belle saison pour marauder les figues ! Bonne dégustation des fraises pour toi, en attendant.

  • Merci beaucoup pour ce compliment !

  • Je me souviens, j'étais enfant, c'était les vacances, le sud. Promenade en campagne, un figuier tend ses branches chargées de fruits sur le chemin, un homme est dans le champ, mes parents demandent s'ils peuvent cueillir, payer, l'homme leur répond qu'elles sont là pour être cueillies, mangées, que c'est cadeau! J'ai découvert les merveilles de la figue ce jour-là, je n'ai jamais oublié les sensations que tu (on peut se tutoyer?) décris si bien, de façon si poétique et si... exactes! Je les ai retrouvées un jour, en cueillant des figues sur l'arbre à côté du pas de tir où j'enseignais le tir à l'arc aux touristes du Club Med en Corse... Le bonheur absolu qui m'est monté en bouche, ce jour-là!!!

  • Merci pour le partage de ce beau souvenir. Il me rappelle une dame très âgée que j'accompagnais alors que j'étais jeune au marché pour l'aider à faire ses courses. Née en Provence, et ses parents avant elle, elle s'offusquait de ce qu'on commence à vendre les figues sur les marché, dans les barquettes en carton et me disait : "Les figues, ça ne se vend pas, ça se donne."

  • Sur les 2 figuiers devant ma maison, les figues sont bien gonflées mais encore vertes. Si les oiseaux en laissent au mois de juillet ou août, ma fille va se régaler. On en donnera aussi aux voisins.

  • J'espère pour vous que les oiseaux vous en laisseront ! Il est vrai qu'ils considèrent les figues comme leur appartenant... De même que les cerises, d'ailleurs.
    Bonne journée.

  • Merci pour ce billet si bien écrit, et qui fait envie ! Ça me rappelle cet exercice de méditation de pleine conscience avec un raisin sec, que l’on contemple puis que l’on goûte et déguste en prêtant attention à toutes ses sensations

  • Merci pour cette comparaison. Je ne connaissais pas cet exercice de méditation en pleine conscience. J'y repenserai la prochaine fois que j'irai marauder des figues...

  • Ah ah ! Je l'ai fait moi aussi pas plus tard qu'hier, dans ce que l'on appelle ici "la montée du Cap", un escalier ardu qui mène, lorsqu'on en est venu à bout, à un spectacle grandiose sur la baie. Donc, même scénario, mais les figues maraudées n'étaient hélas pas bien sucrées, voire amères, tant pis pour moi.
    En revanche, celle du jardin, je dis "celle" car c'est la seule pour l'instant, énorme, généreuse, je l'ai dégustée accompagnée d'un peu de chèvre fait, et là... :-)
    J'ai déjà repéré ses petites soeurs !
    Dominique

  • j'adore marauder les figues dans ce sud si généreux que je retrouve tous les quinze jours à peu près! :-)
    et ton récit est déjà une pure délectation en lui-même! merci Marie, j'ai hâte d'y goûter, tant tu m'as fait saliver!

  • Bonjour,

    Quel beau récit. J'aime beaucoup ta façon d'écrire et cette description de la figue est tout simplement superbe.
    Bravo pour ce talent.
    Bonne journée
    Lalibricole

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