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LIRE / Gourmandise de mots - Page 5

  • Dans le creux de la nuit.

    Dans le creux de la nuit, rester un long moment sur le petit banc. Ce n’est que quand le souffle a pu revenir qu’on se lève pour aller prendre sur une étagère du bureau Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. On en relit quelques phrases, à la fin, quand Montag, le pompier qui fût brûleur de livres s’apprête à devenir un Homme-livre et a pris la route avec d’autres êtres humains.
    Ce que dit Granger, un de ses compagnons de route : « Mais même quand nous avions accès aux livres nous n’avons pas su en profiter. Nous avons continué à insulter les morts. Nous avons continué à cracher sur les tombes de tous les malheureux morts avant nous. Nous allons rencontrer des tas de gens isolés dans la semaine, le mois, l’année à venir. Et quand ils demanderont ce que nous faisons, vous répondrez : nous nous souvenons. C’est comme ça que nous finirons par gagner la partie. Et un jour nous nous souviendrons si bien que nous construirons la plus grande pelle mécanique de l’histoire, que nous creuserons la plus grande tombe de tous les temps et que nous y enterrerons la guerre. Allez, pour commencer, nous allons construire une miroiterie et ne produire que des miroirs pendant un an pour nous regarder longuement dedans. » (1)
    Puis ce que Montag décide de porter en lui, « bien à l’abri » en lui, simplement le temps de la marche du matin en compagnie de Platon, Marc-Aurèle, Swift, Aristophane, Gandhi, Bouddha, Confucius, Thomas Love Peacock, Thomas Jefferson, Lincoln, Matthieu, Marc, Luc et Jean (2) : « Des deux côtés du fleuve était l’arbre de vie qui porte douze fruits et donne son fruit chaque mois ; et les feuilles de cet arbre sont pour guérir les nations. » (3)


    (1) Ray Bradbury : Fahrenheit 451, Ed. Denoël, Présence du Futur, 1995, p. 196
    (2) Id., p. 211
    (3) Citation de l’Apocalypse de St Jean, chap. XXII, 2, in Ray Bradbury : Fahrenheit 451, Ed. Denoël, Présence du Futur, 1995, p. 213

  • Bleu baleine.

    En lisant le bel ouvrage d’Emmanuelle Lambert, Giono furioso, elle cite ce « bleu baleine » que Giono a utilisé dans son œuvre, si expressif, auquel on repense parfois quand on regarde un paysage. Mais où donc Giono a-t-il écrit « bleu baleine » ? Une solution possible : le relire. En passant à la médiathèque, que voit-on justement sur une table, posé là ? Un roman de Giono, Un roi sans divertissement. On l’emprunte, pour éviter d’avoir à le chercher à la maison. Prenant le bateau pour aller balader, on le commence et, page 11 de l’édition Folio :

    « Le col de Menet, on le passe dans un tunnel qui est à peu près aussi carrossable qu’une vieille galerie de mine abandonnée et le versant du Diois sur lequel on débouche alors c’est un chaos de vagues monstrueuses bleu baleine … »

    Ceci confirme que les livres sont bien vivants.