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Gourmandise de mots - Page 4

  • Gourmandise des mots : bouton-d’or.

    Le petit chemin qui mène chez AM est si étroit qu’il est impossible de s’y croiser à deux voitures. Mais, depuis des années qu’on l’emprunte, on n’a jamais été confronté à un croisement problématique. De part et d’autre, quelques maisons très fleuries en ce début de printemps, et un pré. Sur le talus qui le borde des arbres de Judée terminent leur floraison et abritent un joli tapis de boutons-d’or.
    On se promet, au retour, d’en cueillir quelques-uns comme on aimait le faire, enfant, après avoir joué toute l’après-midi dans le Parc près de la maison.
    C’est ce qu’on fait. L’après-midi se termine. La soirée est bien avancée. On prend plusieurs tiges fourchues sur chacune desquelles fleurissent plusieurs fleurs ; elles sont cinq pétales, cinq sépales et dévoilent si on a le goût du beurre. On rajoute deux coquelicots, deux pentecôtes (le nom régional d’un joli lilas sauvage), et deux pissenlits. Le bouquet est mis dans un petit vase sur la commode de la chambre. Le soir, une fois la maison calme et les lampes allumées, on voyage dans le monde du bouton-d’or.
    On découvre alors que seul le renoncule âcre peut se prévaloir du titre de bouton d’or point, puisqu’il y a le bouton d’or à grandes feuilles, celui à mille feuilles, le bouton d’or de Canut, le bouton d’or à feuille d’ophioglosse… On s’arrête sur ce mot ophioglosse : le Trésor informatisé de la langue française apprend qu’il s’agit d’une petite fougère à une seule feuille et cette feuille est engainante. On se promène chez les fougères puis on revient aux fleurs des bois. On attrape un petit livre qu’on aime bien consulter : Fleurs des bois, dans la collection Petits atlas Payot Lausanne. On l’avait reçu en cadeau alors qu’on sortait à peine de l’enfance et qu’on allait quasi quotidiennement se promener dans la forêt toute proche. Pas de bouton-d’or dans le petit atlas, mais la benoîte commune qui semble en être la copie conforme, surtout que les boutons-d’or qu’on a cueillis dans le petit chemin ont une longue tige. Sur la même page, on parle de la ficaire printanière. Les fleurs se ressemblent, mais pas les feuilles.
    On rêve sur ce jaune du bouton-d’or, de la benoîte, de la ficaire, puis de l’hélianthème commun, de la garance voyageuse, le millepertuis, le narcisse, la jonquille, …. Et la barbarée des rochers qui a quatre pétales ? … Se passe-t-il la même chose qu’avec le bouton-d’or quand on approche ces fleurs-là du menton ?

  • Gourmandise des mots : de l’ombellule à l’involucelle.

    En revenant du pain, on cueille un beau bouquet de pissenlits pour les mettre dans le vase bleu. Puis, c’est le moment immobile et on fait un peu de botanique à propos, justement, du pissenlit.
    Les recherches sur cette fleur qu’on a toujours connue entraînent dans un voyage à travers des mots gourmands et sucrés.
    Ne disons plus « le pissenlit » ! Soyons précis : le pissenlit des fontaines, le pissenlit d’été, le pissenlit d’automne, de Méditerranée… mais aussi le discret, l’exigu, le fauve, celui du granite, celui à feuilles hastées, l’invoqué, le cilié, le cendré, le discret… Le mot « hastée », avec sa consonance moyenâgeuse oblige à une halte dans les dictionnaires posés tout à côté du chat qui dort. Mais a-t-on jamais assez de dictionnaires, puisqu’on n’a pas assez appris de vocabulaire à l’école ? Le Dictionnaire usuel Quillet Flammarion par le texte et l’image, rédigé sous la direction de Pierre Gioan, édition 1959, explique : hasté, en forme de fer de lance. Les chevaliers, au Moyen-Age, avaient des lances. Et qui dit fer de lance, dit vivacité, ainsi qu’on le lit dans le Dictionnaire de l’ancien français Larousse, édition de 1968 : haste, vivacité, hâte, en usage dès le XII° siècle ; on est bien dans le Moyen-Age.
    S’il a fallu farfouiller dans les dictionnaires pour la feuille hastée, on passe vite sur le pissenlit à ligules en capuchons puisqu’on sait ce que sont des ligules chez le pissenlit et qu’on comprend le mot capuchon. Mais surgit alors le pissenlit à feuilles obovales. Feuille obovale … certainement une alliance entre oblongue et ovale… Sur le chemin des formes de feuilles, on se plait à reconnaître un vocabulaire rassurant pour un instant : les feuilles simples, les composées, les lobées, les palmées, les opposées, les dentées, les…. Alors, dentées… Mais ne vient-on pas de lire quelque part que le pissenlit a des feuilles dentelées ? Dentées ou dentelées ? Il y a visiblement un accord sur le fait que les feuilles du pissenlit sont lobées, mais pour le reste… Ah, mais il existe aussi des feuilles denticulées ! On s’y intéressera plus tard.
    Continuons l’exploration du pissenlit qui possède des bractées et non pas des sépales, qui sont deux éléments totalement différents. En observant la base de la fleur, on sursaute en lisant ce mot-là : involucre.
    C’est un mot masculin. Il désigne l’ensemble des bractées se trouvant à la base des ombelles. Quant à l’involucelle, c’est l’ensemble des bractées se trouvant à la base des ombellules.
    Comme le monde est à la fois grand et petit !