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Bonheur du jour - Page 271

  • Pistes pour le mois d’octobre.

    S’aimer comme on est : imparfait.
    Voici une piste difficile à suivre, comme celle qu’on a suivi ces derniers jours dans un massif forestier touffu. Elle était à peine visible car depuis fort longtemps sans doute aucun marcheur ne l’avait empruntée et que pour les chèvres seules elle était devenue familière. Pourtant, en regardant bien où on mettait les pieds, en n’hésitant pas à s’égarer en se dirigeant parfois trop à droite ou trop à gauche ou trop tout droit ce qui obligeait à revenir en arrière pour la retrouver, cette trace sinueuse et imparfaite, a mené à une belle clairière baignée de soleil où il fut bon de rester dans un calme d’oiseaux et de ramures chantants.
    Ce chemin, il n’était « pas ». Pas droit, pas clair. Il était « trop ». Trop pentu, trop glissant, trop pierreux. Il n’était « pas assez ». Pas assez précis, pas assez lisible, pas assez large. On pouvait se demander si, tout compte fait, il se connaissait lui-même car comment cela pouvait-il se faire qu’un chemin n’en soit pas vraiment un puisqu’on ne voyait pas toujours vers où il voulait aller ? C’est quand on a accepté ce qu’il était, une trace, une ébauche de trace même, qu’on l’a mieux compris et qu’on l’a mieux suivi. D’ailleurs, après la clairière, allez savoir pourquoi, on pouvait le suivre sans le chercher pour monter au sommet et regarder l’horizon.
    C’est peut-être ce que nous devons faire pour être nous-mêmes : ne pas être suffisamment précis quand on ne sait pas tout à fait encore qui on est ni où on va ni comment, ne pas s’astreindre à être sûr de soi, à être irréprochable, inaltérable, inoxydable, quelqu’un qui va bien droit devant, qui répond aux attentes, si fortes, trop fortes. Nous avons tous nos pierres qui ralentissent notre marche et qui nous font glisser, nos pentes qui nous essoufflent, nos indécisions pour savoir s’il faut faire comme ci ou comme ça, nos limites parce qu’on ne peut pas ou qu’on ne sait pas…
    La petite trace dans la forêt ne pouvait pas être à la fois cette piste parfois illisible et un grand chemin bien net balisé de temps en temps par une marque sur un arbre, de ces chemins que tout le monde connaît, fixés sur des cartes. Immuables ? Peut-être qu’elle avait rêvé d’être un chemin parfait ? Comment connaître les rêves d’une trace dans la colline ? Mais on veut croire que quand elle a vu autour d’elle pousser les herbes folles, cavaler les pierres, se dessiner sur sa terre les sillons de la pluie, elle s’est trouvé sacrément belle.


  • Senteurs du jour.


    Humide et sombre, la senteur de l’aube du nouvel automne.
    Iodée, celle des algues très tôt le matin, quand elles manquent déjà aux vagues qui les ont laissées sur la grève. C’est la mer, le sel et le sable, avec un peu d’écume et de vent, tout cela ensemble.
    Sucrée, celle du pittosporum qui s’annonce dès le début de l’allée.
    Toute fraîche, celle de la bogue du marronnier qui vient juste de tomber et s’est ouverte pour laisser rouler le marron luisant.
    Piquante, celle du poivrier quand en se courbant pour passer sous ses branches-lianes on en froisse un peu des feuilles.
    Citronnée, celle du basilic qu’on caresse avant d’en couper quelques feuilles.