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  • La question du lundi : prendre le temps du chemin.

    Ecouter Miguel Benasayag est toujours stimulant au niveau de la réflexion et on apprend des choses. C’est ce qu’on a fait quand on l’a écouté présenter son dernier livre, Fonctionner ou exister. Ce qu’il dit est passionnant sur la vie d'aujourd'hui : nous fonctionnons en déléguant peu à peu à des machines la main-mise sur notre cerveau. Parmi ses propos, on a relevé deux éléments.
    Le premier : des études ont montré que le cerveau des jeunes conducteurs après trois ans d’utilisation du gps est modifié : les noyaux sous-corticaux chargés dans le cerveau de cartographier l’espace et le temps sont atrophiés.
    Le second : à partir d’un exemple personnel à propos d’un film qu’il a vu à l’âge de 15 et qu’il n’a retrouvé par hasard que 30 ans plus tard, il explique que ce n’est pas forcément une bonne chose de trouver tout de suite ce qu’on cherche, juste en cliquant car cela empêche le temps de la recherche et de la réflexion, cela empêche le chemin de se faire. Il cite avec ferveur le magnifique poème de Machado qui suit cette question du lundi.

    Pensez-vous qu’il faille prendre le temps du chemin, que ce temps de l’attente est meilleur que d’avoir tout tout de suite ?

    Jamais je n'ai cherché la gloire
    Ni voulu dans la mémoire
    des hommes
    Laisser mes chansons
    Mais j'aime les mondes subtiles
    Aériens et délicats
    Comme des bulles de savon.
    J'aime les voir s'envoler,
    Se colorer de soleil et de pourpre,
    Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
    Puis éclater.
    A demander ce que tu sais
    Tu ne dois pas perdre ton temps
    Et à des questions sans réponse
    Qui donc pourrait te répondre?
    Chantez en cœur avec moi:
    Savoir ? Nous ne savons rien
    Venus d'une mer de mystère
    Vers une mer inconnue nous allons
    Et entre les deux mystères
    Règne la grave énigme
    Une clef inconnue ferme les trois coffres
    Le savant n'enseigne rien, lumière n'éclaire pas
    Que disent les mots ?
    Et que dit l'eau du rocher ?
    Voyageur, le chemin
    C'est les traces de tes pas
    C'est tout ; voyageur,
    il n'y a pas de chemin,
    Le chemin se fait en marchant
    Le chemin se fait en marchant
    Et quand tu regardes en arrière
    Tu vois le sentier que jamais
    Tu ne dois à nouveau fouler
    Voyageur ! Il n'y a pas de chemins
    Rien que des sillages sur la mer.
    Tout passe et tout demeure
    Mais notre affaire est de passer
    De passer en traçant
    Des chemins
    Des chemins sur la mer




  • Sans rien dire.

    Dans ce service à l’hôpital où on passe plus de temps à attendre qu’à rendre visite, s’installer dans le « salon » et sortir son tricot. C’est une couverture bébé, blanche, qui alterne point de riz, point mousse, jersey envers. Une infirmière passe, s’avance et s’arrête. Elle regarde le travail déjà bien avancé. On lève la tête vers elle et on lui sourit. Elle a l’air bien las et les épaules tombantes. Elle touche le coin de la couverture et de ses doigts sent combien la laine est douce. Elle reste là sans rien dire. Puis elle sourit aussi. On échange un regard. On tente de transmettre dans le regard qu’on lui tend tout autant de douceur et d’espoir qu’il y en a dans la laine de cette couverture. Puis elle repart.