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Bonheur du jour - Page 6

  • Passer la soirée avec Emilie.

    Dans le dernier roman d’André Bucher, Un court instant de grâce, comment ne pas suivre passionnément cette histoire d’arbres convoités comme des objets de consommation sans avenir. Pourtant, ce qu’on retiendra, c’est le regard qu’un homme porte sur une femme. Sa mère, « une femme de soleil et de vent » (page 132). Au fur et à mesure des événements, il se met à la regarder autrement : ce n’est plus seulement sa mère, mais une personne à part entière. Au début du livre, il est un peu condescendant avec elle, comme on peut l’être avec ceux qui prennent de l’âge quand on est soi-même encore fort. Ce fils de trente ans a cru que c’était en quittant son hameau et en devenant le contraire de ce qu’étaient ses parents et ses grands-parents, qu’il était devenu lui-même. Il pensait que c’était logique de s’affirmer ainsi : s’affirmer contre. Mais c’est ainsi se définir en creux. Sa mère lui montre l’urgence de faire un choix de vie dans laquelle les contraintes sont fortes, oui, mais porteuses d’harmonie quand elles sont accompagnées d’un refus de la résignation. Emilie refuse les compromissions et s’acharne à « maintenir l’espoir, tout ce en quoi consistait le prix d’une existence. » (page 159).

  • Le butin de la balade.

    Dans la forêt, des chênes.
    Le chêne vert, celui qu’on appelle la yeuse.
    Le chêne kermès, qui a donné son nom à la garrigue. Les petits buissons bien serrés offrent au soleil leurs glands verts, encore plus brillants que les feuilles pointues. Ces glands-là, malgré l’automne désormais commencée, ne semblent pas disposer à tomber sur le bord du sentier où on les croise.
    Le chêne liège dont le tronc est tellement ridé.
    Des glands sont sur le sol. Les anciens avaient l’habitude de mettre dans leur poche le premier gland croisé sous leurs pas. En en ramassant un, on se rend compte qu’il est un peu rongé : des petites marques de dents ont ajouré la peau. On le repose : aurait-on, en arrivant, dérangé un petit habitant des bois parti se cacher en laissant son repas ? ou est-ce tout à l'heure, qu'il l'a laissé, pressé par une affaire plus urgente ? On le laisse au cas où il reviendrait terminer son grignotage quand il aura faim.
    On ramasse le gland qui est juste à côté, encore dans sa cupule frangée et on poursuit sur le petit sentier.