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coudon

  • Recevoir / Donner.

    Il est bon d’aller dans la forêt et d’en revenir avec les cadeaux qu’elle offre : paysages, couleurs, senteurs, chants d’oiseaux. Quand on peut, aussi, croquer quelques arbouses bien mûres, remplir le sac de mousse et de lichens pour la crèche, de branches de houx et de lentisques pour les couronnes de l’Avent et de Noël, de pommes de pin pour jouer à les peindre avec les enfants, la joie s’accroît. Si, en plus de tout cela, la cueillette des champignons est abondante, la joie se gonfle encore car on puise là, dans cette nature, de quoi se nourrir. Mais quand on peut donner ce qu’on ramasse et penser à celui ou à celle à qui on donnera, alors on entre dans un équilibre bienfaisant : recevoir / donner.
    Ainsi des champignons ramassés vers l’Issemble qu’on amène à celui qui fut un grand marcheur des bois, un fin cueilleur de champignons, un connaisseur de sentiers improbables dans les bois touffus. On lui dit : « Tiens, regarde, je t’ai ramené ça de la forêt. » Il arrive en faisant rouler son fauteuil, tend sa main à la peau tannée et qui tremble déjà un peu. Il s’exclame malgré tout : « Oh ! des sanguins ! ah, ils sont beaux ! Oh, mais dis donc, c’est des girolles, ça… Elles sont magnifiques ! Des ceps, tu as trouvé des ceps… des petits, ah, et là un gros, oh la la, on va se régaler ! Et des rouges aussi ! Oh, et ces coulemelles, ah, c’est la bonne taille pour les coulemelles… Ah, merci. » Les yeux brillent, de plaisir ou de larmes retenues, on ne le saura pas vraiment car ici on reste toujours très pudique sur ses sentiments. Il continue un bon moment à prendre entre ses doigts les champignons qu’il étale sur la toile cirée de la table de la cuisine. « Ça sent bon. » Il se met à parler de la forêt. On lui précise bien où on est allé et il se souvient de cet endroit : « On voit bien le Coudon de là, hein ? et il y a des arbousiers magnifiques. J’aimais bien aussi aller aux Mayons. J’ai toujours trouvé abondance de safranés là-bas. » Puis, il ajoute : « Allez, garrí, on va les nettoyer ces champignons. Tu restes à manger, hein ? »

  • Les pages du ciel.

    Lundi. Matin. Un ciel qui aurait pu attirer l’attention de Turner, car il est bien jaune là où le soleil se lève.
    Mardi. Soir. Au début de la plage de Bonnegrâce, les galets gris se reflètent encore dans l’eau. Mais au bout, ils sont sagement endormis et la mer a cessé de brasiller : elle se détourne de la berge et va, loin, très loin, s’étirer dans le sillon du soleil. Pour habituer les yeux à l’obscurité prochaine, des nuages plus sombres que la mer mais plus clairs que la nuit s’étalent dans un sens puis dans un autre, comme un peintre fait aller et venir son pinceau pour recouvrir tout le haut de sa toile.
    Mercredi. Matin. Tamaris. Entre la mer et le ciel, des violets multiples. Des nuages à foison : des plats, des ronds, des larges, des effilochés, des bourgeonnants, des tout proche, des tout loin. On pourrait piocher dans les noms savants dont on se souvient – cumulonimbus, cirrus, cumulus – mais on ne sait plus trop qui est qui dans ce vaste univers. Sont-ils en train de se disputer la place ? En cette saison, de ce côté-ci de la corniche, il y a toujours des nuages dans le ciel, le matin. Mais quand vient la belle saison, l’azur est impeccablement repassé.
    Jeudi. Nuit. Lune ronde dans ce Bleu de Prusse incomparable. On avait appris enfant que cette lumière autour d’elle s’appelait un « halo ». C’est un des mots qu’on préfère encore.
    Vendredi. Ceux qui, parmi les nuages, s’effilochent le plus, ce sont les cirrus. Ils sont hauts. Lointains. Indifférents peut-être. Statiques aujourd’hui : on les observe un long moment puis on leur préfère le souvenir du nuage en forme de coussin bien moelleux qui coiffait le Coudon la veille.
    Samedi. Ciel d’un matin plus tardif. Tout est en place : l’azur, le soleil. Pas de nuages. Sans doute en fin d’après-midi précèderont-ils l’allumage de la Lune : elle est souvent là, en fait, quand il fait jour, quasi-translucide pour plus de discrétion.