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Bonheur du jour - Page 30

  • Quinquets.


    Aller au concert… ah ! c’est toujours un grand plaisir ! Il y a du monde dans la chapelle des Maristes où se déroule comme tous les quinze jours le dimanche l’Instant classique organisé par l’association Operaria.
    Au milieu des spectateurs, comme niché dans son nid un tout petit oisillon, écouter le sublime Concert pour piano, violon et quatuor à cordes en Ré majeur opus 21 de Ernest Chausson interprété par le tout aussi sublime ensemble « Concert à six ». Les corps des musiciens se meuvent au rythme des notes quand ils jouent. Quand ils ne jouent pas parce que c’est le tour de l’un ou l’autre des musiciens au moment d’un solo, leurs têtes dodelinent, leurs bouches sourient. La musique est un souffle, là, tout près.
    Au retour vers la maison, à pied, bien que ce soit la fin du jour, c’est comme si la nuit ne pouvait pas vraiment tomber dans la grande profondeur car des quinquets inépuisables balisent le chemin : les étoiles, les fenêtres éclairées des maisons, les quelques réverbères, les lumignons des mâts des bateaux, la lumière vive au sommet du Coudon et les bras amis auxquels le pas se rythme.

  • Pourquoi. Pour quoi.

    Une vie se construit aussi de déconstructions. Elles laissent hébété au point que la moindre pensée ou parcelle de peau est tout occupée par la souffrance puis la colère puis le vide puis les questions dont la plus lancinante est ce « pourquoi » qu’on écrit parfois « pour quoi » dans cette tête qui finit par en avoir le tournis. Surtout qu’on ne sait pas, et on ne le saura jamais, pourquoi et pour quoi c’est cela qui a été vécu, de part et d’autre, un matin ou un soir ou une nuit, et peut-être même, un comble, un beau jour d’automne ensoleillé. Ni non plus pourquoi et pour quoi on est si seul face à ce qu’on aurait bien préféré n’être qu’un cauchemar dont le réveil du matin sonne enfin la fin et bien souvent l’oubli.

    Oublier, on n’y arrive pas non plus, d’autant que ce qu’on a vécu et qu’on aurait bien aimé ne jamais vivre, c’est irréparable. C’est l’irréparable. Qui sait comment faire face à cela ? On ne peut pas aller à la déchetterie jeter ce pan de soi qui reste et qui pendouille comme une loque parce qu’il n’y a pas de lieu pour les cœurs brisés autre que soi-même brisé. D’ailleurs, on ne veut pas oublier. Et c’est vrai, on n’oubliera pas. Jamais. Il y aura un jour déjà, deux ans déjà, sept ans déjà, dix ans déjà et comme aujourd’hui vingt ans déjà.

    Mais, autour de ce déjà et au-devant de ceux qui sont dans ce manque-là de ce qui était tout, vient la vie qui se reconstruit de ces reconstructions quasi inimaginables qui nous bouleversent quand on se rend compte que, durant une heure ou deux, il est arrivé ce moment où on a mis entre parenthèse cet avant dont on aurait tant aimé qu’il soit éternel au point d’avoir eu l’idée, une fois ou deux, ou plus longtemps parfois, de sombrer aussi dans le plus profond des noirs de tous les noirs possibles.

    C’est cela, reconstruire. Porter le vide sur la hanche comme une mère son enfant tout en vaquant à ses occupations. Pour quoi ? Pour vivre tous ces maintenant qui se succèdent en un présent éternel.